Le mot « continent », du latin continere signifiant « tenir ensemble », désigne les terres continues, mais leur nombre et leur délimitation restent discutés. Six continents sont souvent retenus, mais certains estiment que l’Amérique pourrait être scindée en deux, que l’Asie et l’Europe ne forment qu’un seul bloc, ou que l’Océanie n’est pas une continuité réelle, tandis que Zealandia, presque submergée, soulève de nouvelles questions. Cette réflexion s’inscrit dans la perspective de la Pangée, continent primitif révélé par Alfred Wegener, qui se serait fragmenté sur 250 millions d’années. Les noms eux-mêmes recèlent des histoires fascinantes : « Amérique » rend hommage à Amerigo Vespucci, parfois contesté par les peuples indigènes pour lesquels « Abya Yala » signifie « Terre dans sa pleine maturité » ; « Europe » évoque la fille d’Agenor et ses larges yeux ou le « couchant » grec ; « Asie » du Levant sémitique ; « Afrique » de la province romaine ou du mot sémitique pour « poussière » ; « Océanie » proposée par Malte-Brun en 1812 ; « Antarctique » dérivant du grec arktos, « ours », en référence à la constellation de la Petite Ourse.Lire la suiteIl était une fois les continents…
Source : Diffusé avec SUP’DE COM dans le cadre de la série de vidéos « Les Improbables Rencontres » / 2023
Selon la légende, Midas, roi de Phrygie, reçut de Dionysos le don de transformer en or tout ce qu’il touchait, faveur qui se révéla une malédiction puisqu’il ne pouvait plus ni manger ni boire. Libéré après s’être baigné dans le fleuve Pactole, celui-ci aurait dès lors charié de l’or, enrichissant la Lydie et son roi Crésus au VIe siècle av. J.-C. Rendu vaniteux par sa fortune, Crésus interrogea le sage Solon sur le plus heureux des hommes ; celui-ci répondit que seul le temps permettait d’en juger. Offensé, Crésus le congédia. Les années confirmèrent pourtant l’avertissement : son fils Atys mourut à la chasse, puis la Lydie entra en guerre contre la Perse de Cyrus. Malgré des oracles jugés favorables, Sardes tomba et Crésus fut capturé. Sa fin demeure incertaine : exécuté selon certains, épargné selon d’autres après avoir invoqué le nom de Solon, devenant même conseiller de Cyrus. Crésus fut le dernier roi de la dynastie des Mermnades.Lire la suiteRiche comme Crésus
Sir Walter Raleigh, poète, courtisan et explorateur anglais, fut l’un de ces hommes saisis par le rêve d’Eldorado : après une expédition infructueuse en 1595 et un passage en prison, il repartit en 1617 à la recherche de la mythique Cité d’or, avant d’être arrêté à son retour pour avoir attaqué des possessions espagnoles et décapité à la Tour de Londres en 1618. Cette obsession s’inscrit dans une longue histoire nourrie de récits et de confusions, depuis Francisco de Orellana, explorant l’immense fleuve Amazone à la recherche d’or et de cannelle, jusqu’aux témoignages évoquant des guerrières rappelant les Amazones grecques. Mais où situer Eldorado : près de l’Amazone, de l’Orénoque, au Brésil, au Venezuela, au Guyana ou en Colombie ? Un récit chibcha, ou muisca, joua un rôle décisif : celui d’un roi, le zipa de Bacatá, qui se couvrait d’or et jetait offrandes et trésors dans le lac Guatavita lors de cérémonies fastueuses. Reprise par les Conquistadores, cette légende alimenta des tentatives hasardeuses d’assèchement du lac, au prix de lourdes pertes humaines. Ainsi, de siècle en siècle, la soif d’or transforma un rite symbolique en mirage obsédant, jusqu’à faire d’Eldorado un mythe persistant, révélateur des excès et des rêves de l’humanité.Lire la suiteL’Eldorado
Peut-on dire que ce fut jadis un paradis terrestre ? Oui. Peut-on dire que la chute fut brutale ? Hélas, oui. Le lieu où nous mènent aujourd’hui nos pas se nomme Nauru, minuscule pays du Pacifique, proche de l’équateur, aux origines de peuplement incertaines et structuré autour de douze tribus. Longtemps, cocotiers, bananiers et takamakas ont façonné son environnement. Puis vinrent les Européens et, en 1900, la découverte de vastes gisements de phosphate, engrais convoité, bouleversa le destin de l’île. Disputée au cours du XXe siècle, la ressource passa finalement sous contrôle australien. À l’indépendance, en 1968, le phosphate propulsa Nauru vers une richesse fulgurante : revenus records, société de consommation, investissements immobiliers, compagnie aérienne et aéroport international. Mais cette prospérité eut un coût : bouleversement alimentaire, maladies, obésité massive. Lorsque les cours chutèrent, que les réserves s’épuisèrent et que les placements échouèrent, la chute fut sévère. Comme le rappelait Hérodote, la félicité humaine ne dure jamais. Il reste à souhaiter aux générations futures de préserver un capital plus durable : la culture, l’esprit et les traditions.Lire la suiteLe tragique destin de Nauru…
Au XVe siècle, sur le « toit du monde », Gedun Drub devint le premier dalaï-lama de l’histoire tibétaine, au sein d’un bouddhisme tibétain de tradition vajrayāna apparu dès le VIIe siècle, notamment sous l’impulsion du roi Songtsen Gampo, fondateur de Lhassa, introducteur de l’écriture tibétaine et promoteur du bouddhisme. Avec le temps, certaines écoles instituèrent la figure du dalaï-lama comme chef spirituel et politique. À des milliers de kilomètres de là, une autre histoire prenait forme : celle de la pizza, née à Naples au XVIe siècle avec l’arrivée des tomates venues du Nouveau Monde, puis consacrée en 1889 par la Margherita. A priori, aucune chance que ces deux univers se croisent… sauf lors d’une émission de télévision australienne où l’animateur Karl Stefanovic tenta une parabole audacieuse : « Le dalaï-lama entre dans une pizzeria et dit “faites-m’en une avec tout” ». L’humour, fondé sur un jeu de mots spirituel, laissa le quatorzième dalaï-lama, Tenzin Gyatso, perplexe avant un rire un peu gêné. Exilé depuis 1959 et installé en Inde, il incarne aujourd’hui encore une figure majeure du monde contemporain.Lire la suiteLe dalaï-lama & la pizza
Dans une partie de l’Océanie pousse une plante réputée pour ses bienfaits corporels et spirituels : le kava, parfois nommé « poivrier sauvage », ainsi que la boisson issue de sa racine. Celle-ci est broyée, mélangée à de l’eau puis filtrée pour donner un breuvage à la couleur terreuse et au goût âcre, provoquant rapidement un engourdissement de la bouche. De Vanuatu aux Fidji, en passant par Tonga ou Samoa, sa consommation prend souvent la forme d’une cérémonie rituelle où les hommes se réunissent autour d’un grand bol, dans le respect de règles précises. Des lieux dédiés, appelés nakamal, permettent d’en boire en début de soirée, généralement dans une demi-noix de coco, la « shell », dont les effets se font sentir après quelques tournées. De nombreuses légendes expliquent son origine, dont celle d’Aso, un anthropophage tué par ses neveux, sur la tombe duquel poussa le kava. En observant un rat ivre de bien-être après avoir grignoté ses racines, ils auraient découvert ses vertus apaisantes. Selon la tradition, les racines étaient autrefois mâchées avant d’être filtrées.Lire la suiteLe kava…
Une légende māorie raconte l’amour contrarié de Mataora et de Niwareka, venue du monde souterrain : après l’avoir frappée, Mataora la suit pour se faire pardonner, y découvre ses peintures faciales effacées et reçoit finalement, en signe de réconciliation, l’enseignement du tatouage divin, le Tā Moko. Cette histoire introduit l’une des expressions majeures de la culture māorie, ancrée à Aotearoa, le « pays du long nuage blanc », dont les ancêtres seraient venus de la mythique Hawaiki. Le Tā Moko, tatouage facial et corporel régi par des codes stricts, transmet l’identité de son porteur – lignée, rang, exploits – et s’accomplit selon des rituels précis, parfois en sculptant la chair avant d’y déposer le pigment. Rite de passage fondamental, il concerne aussi les femmes, tatouées notamment au menton et aux lèvres. Sa valeur symbolique se prolonge dans les mokomokai, têtes tatouées conservées comme reliques ou trophées, devenues objets d’échanges lors de la « Guerre des mousquets » au début du XIXᵉ siècle. Leur rapatriement est aujourd’hui revendiqué par l’État néo-zélandais. Parmi les premiers Européens tatoués figure Barnet Burns, témoin d’une rencontre culturelle aussi troublante que durable.Lire la suiteLe moko maori
Le rastafarisme, né en Jamaïque dans les années 1930, est un mouvement culturel, spirituel et politique lié à des figures comme Marcus Garvey, prophète et fondateur, et Leonard P. Howell qui créa en 1940 The Pinnacle, première communauté rastafari. Son nom puise ses racines en Éthiopie : « Ras » signifiant « chef » en amharique et « Tafari » « celui qui est redouté », désignant Tafari Makonnen, couronné Haïlé Sélassié Ier, considéré par les Rastas comme le messie annoncé, descendant du roi Salomon et de la Reine de Saba selon le Kebra Nagast. Sa visite en Jamaïque en 1966 fut un moment solennel pour les adeptes, dont Bob Marley. Les dreadlocks, quant à elles, rappellent Samson, le nazir biblique dont la force résidait dans ses cheveux et trahi par Dalila. Pour honorer le retour aux origines africaines, Haïlé Sélassié permit aux Rastas de s’installer à Shashamané en Éthiopie, inspirant des chants comme « Rivers of Babylone », hymne à la mémoire, à l’exil et à la liberté.Lire la suiteDreadlocks, Bible et Reine de Saba
Le rêve fascine par son ouverture infinie et sa transversalité culturelle. Il traverse les textes religieux et mythiques : Pharaon confie à Joseph l’interprétation de sept vaches grasses suivies de sept maigres pour anticiper famine et abondance ; Morphée et les Oneiroi dans la mythologie grecque personnifient les rêves. Les Senoï de Malaisie se racontaient leurs rêves au matin, favorisant harmonie et santé, tandis que les Aborigènes australiens se réfèrent au Rêve, moment primordial de création. Chez les Achuar d’Amazonie, chaque rêve a un sens précis : karamprar pour communiquer avec un être éloigné, kuntuknar bon augure pour la chasse, mesekramprar mauvais présage. « Rêver d’une troupe de guerriers sur le chemin de la guerre » annonce succès à la chasse, tandis qu’une horde de pécaris furieux prédit un conflit. Ces interprétations illustrent la richesse symbolique et pratique du rêve, menacée par l’exploitation illégale des territoires amazoniens.Lire la suiteVivre dans les rêves
Blessé à l’âge de trois ans dans l’atelier de son père bourrelier, Louis Braille perd progressivement la vue. Soutenu par ses parents, il entre à l’Institution royale des jeunes aveugles, fondée par Valentin Haüy, où il révèle très tôt un esprit inventif et rigoureux. En 1821, la présentation de la sonographie de Charles Barbier de La Serre l’inspire tout en lui montrant ses limites ; il conçoit alors un système tactile simple et efficace pour transcrire lettres, chiffres et musique. En 1829, la publication de son Procédé pour écrire les paroles, la musique, le plain-chant à l’usage des aveugles marque la naissance du système braille, fondé sur des points saillants. Cette avancée majeure s’inscrit dans une longue quête d’accessibilité du savoir, illustrée aussi par Zain-Din al Amidi, à Bagdad, qui développa un procédé de lecture à base de noyaux de fruits. Malgré les résistances, Louis Braille persévéra jusqu’à sa mort prématurée à 43 ans. Aujourd’hui, son système, fondé sur six points (64 caractères), a été étendu à huit points grâce à Unicode, démontrant la fécondité durable d’une invention née de la ténacité et de l’imagination humaines.Lire la suiteL’œil et la main
Stubbs vécut de 1997 à 2017 et fut durant vingt ans le maire du district historique de Talkeetna, en Alaska. Chaque après-midi, il faisait sa pause désaltérante dans un restaurant local, détail anodin sauf pour un point essentiel : Stubbs était un chat. Ce clin d’œil contemporain invite à retracer l’épopée quasi planétaire des félins. Leurs premières traces apparaissent au Proche-Orient, il y a environ 10 000 ans, lorsque l’agriculture favorisa leur rôle de protecteurs des grains. En Égypte, ils furent élevés au rang sacré, associés à la déesse Bastet et honorés par des funérailles raffinées. Grecs et Romains les adoptèrent pour leurs qualités utilitaires avant qu’ils ne se diffusent dans tout l’Empire. En Asie, leur présence ancienne est attestée en Chine comme au Japon impérial, tandis qu’en Inde ils accompagnent la déesse protectrice Shashthi. Partout, le chat a nourri mythes, croyances, proverbes et symboles, du porte-bonheur au compagnon suspect.Lire la suiteIl était une fois… les chats
Nos montagnes regorgent d’histoires et de symboles, à l’image du Triglav, montagne aux trois pics incarnant une ancienne divinité régnant sur le ciel, la terre et les enfers, si centrale que son ascension est considérée comme un rite d’identité nationale. Bienvenue en Slovénie, pays au carrefour des Alpes, de la plaine pannonienne et de l’Adriatique, où une autre passion façonne profondément la culture : l’apiculture. Véritable paradis des abeilles, le pays se distingue par la carniolienne, abeille mellifère réputée pour sa douceur et son efficacité. Avec environ cinq apiculteurs pour mille habitants et une densité remarquable de ruches, la Slovénie affiche un lien intime avec ces insectes essentiels. Les ruches elles-mêmes deviennent œuvres d’art, ornées de peintures naïves relatant scènes religieuses, locales ou historiques. Cette tradition doit beaucoup à Anton Janša, pionnier de l’apiculture moderne au XVIIIᵉ siècle, dont l’influence fut décisive bien au-delà des frontières. Ce rapport privilégié aux abeilles a conduit le pays à faire reconnaître une Journée mondiale de l’abeille, célébrée chaque 20 mai.Lire la suiteLa journée mondiale de l’abeille
Et si l’on se promenait au parc de Keukenhof, près de Lisse ? Créé au XVe siècle comme « jardin de cuisine », il est devenu en 1949 un haut lieu des expositions florales et célèbre chaque printemps la floraison de plus de sept millions de bulbes plantés à l’automne. Cette apothéose renvoie à l’histoire européenne de la tulipe, introduite au XVIe siècle depuis Constantinople, où un ambassadeur d’Autriche remarqua cette fleur prisée des Ottomans. Son nom, dérivé du mot turc désignant le turban, accompagna son succès lorsque le botaniste Charles de l’Écluse démontra vers 1590 qu’elle s’adaptait parfaitement au climat local. Dans un contexte de prospérité nourri par l’essor de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, les variétés se multiplièrent et un marché spéculatif s’emballa. Dans les années 1630, la « tulipomanie » poussa artisans et notables à engager des fortunes – parfois leurs maisons – pour un seul bulbe, jusqu’au krach de 1637 qui mit fin à cette folie. Restée dans l’art et les esprits, elle inspira encore Gilles Ménage, rappelant combien la valeur des choses dépend de l’enthousiasme humain. Drôle de monde !Lire la suitePour le prix d’une tulipe
À la fin octobre et au début novembre se succèdent Halloween, la Toussaint, le Jour des Trépassés ou encore le Día de los Muertos au Mexique. Tous partagent en partie une origine ancienne que l’on peut faire remonter à la fête celtique de Samain, célébrée il y a plus de 2500 ans. Samain marquait la fin des récoltes et l’entrée dans l’hiver, un moment charnière entre deux années dont le point culminant se situait autour du 1er novembre. Dans le calendrier celtique, elle côtoyait Imbolc, Beltaine et Lughnasad. Samain était surtout perçue comme une période de passage entre le monde des vivants et celui des dieux et des morts, durant laquelle les activités s’interrompaient et où de grands feux rituels étaient allumés. Avec la christianisation, la fête de la Toussaint fut fixée au 1er novembre, et la veille, All Hallows’ Eve, donna naissance à Halloween, qui s’est partiellement mêlée aux traditions plus anciennes. Transportée en Amérique par l’immigration irlandaise du XIXe siècle, Halloween s’y transforma, associant déguisements, sucreries et la figure de Jack-o’-lantern, dont la lanterne, navet en Europe puis citrouille en Amérique, éclaire encore nos nuits d’automne.Lire la suiteLa veille de tous les saints
Et si le mot « cimetière » rimait avec « joyeux » ? Au nord de la Roumanie, près de la frontière ukrainienne, dans le județ de Maramureș, se trouve un lieu unique : le cimetière joyeux de Săpânța. Ici, les tombes sont ornées de stèles colorées couvertes d’épitaphes pleines d’humour, de tendresse ou d’autodérision, racontant sans détour la vie, les passions ou les faiblesses des défunts. Cette poésie funéraire naît dans les années 1930 grâce à Stan Ioan Pătraș, artisan local qui sculpte des croix de chêne peintes de couleurs vives, illustrées de bas-reliefs représentant un trait marquant de chaque existence, complétés par des textes souvent savoureux. Jusqu’à sa mort en 1977, il façonne des centaines de sépultures sur mesure, transformant le cimetière en une chronique populaire de la communauté. Son disciple Dumitru Pop poursuit ensuite cette tradition, aujourd’hui devenue l’une des grandes attractions de la région. Cette vision joyeuse et profondément humaine de la mort invite à repenser nos rites funéraires, miroirs de notre rapport à la vie.Lire la suiteLe joyeux cimetière















