« Encyclopédie » vient du grec ancien ἐγκύκλιος, énkúklios, issu de kuklos, le « cercle », et παιδεία, paideía, « instruction » : l’idée d’une éducation embrassant l’ensemble des savoirs. En chinois, le terme 百科全书 bǎikē quánshū, « le livre complet aux cent sciences », dit la même ambition. Partout, des civilisations prestigieuses ont relevé ce défi. En Chine, l’Encyclopédie de Yongle mobilisa près de 2 000 savants entre 1403 et 1408 pour produire plus de 11 000 volumes. Dans le monde arabo-musulman, fleurirent des œuvres majeures comme celles de Ibn Abd Rabbih, d’Al-Fârâbî ou d’Ahmed Bican Yazıcıoğlu. Puis, au XVIIIᵉ siècle, l’Europe vit naître l’Encyclopédie**, dirigée par Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert. Nourrie par les révolutions intellectuelles de Copernic, Galilée ou Isaac Newton, elle mobilisa plus de 150 collaborateurs entre 1751 et 1772. Malgré censures et interdictions, elle incarna une audace durable : transmettre librement le savoir.Lire la suiteTous les savoirs du monde
Source : Diffusé avec SUP’DE COM dans le cadre de la série de vidéos « Les Improbables Rencontres » / 2023
L’histoire de l’intelligence artificielle, née il y a quelques décennies, commence avec la cybernétique lancée par Norbert Wiener dans les années 1940, alors que les premiers ordinateurs comme l’ENIAC voient le jour. En 1950, Alan Turing s’interroge sur la possibilité pour une machine de penser et propose son célèbre test explorant les frontières entre humain et machine. L’été 1956, une conférence au Dartmouth College introduit le terme « intelligence artificielle », porté par John McCarthy, tandis que Marvin Minsky contribue à sa définition. Les attentes initiales élevées déçoivent dans les années 1960, entraînant un « hiver de l’IA » dans les laboratoires et les financements, avant l’émergence des systèmes experts imitant les spécialistes humains. En 1997, Deep Blue bat Garry Kasparov, symbolisant les progrès de l’IA, soutenus par la loi de Moore sur l’accroissement exponentiel de la puissance des processeurs. Dans les années 2010, l’accès à de vastes données et des algorithmes d’apprentissage automatique relance l’IA, désormais capable de découvrir les règles par corrélation et classification. L’arrivée d’agents conversationnels en 2022 marque l’essor de l’IA générative, bouleversant l’usage public et ouvrant des perspectives encore ouvertes…Lire la suiteIl était une fois l’IA…
Le droit de vote a une riche histoire, surtout lorsqu’on le lit au prisme féminin. La Nouvelle-Zélande l’instaure en 1893, suivie de l’Australie en 1903, bien que les femmes aborigènes n’y soient incluses qu’en 1962. La Finlande en 1906 voit les premières femmes élues à l’Eduskunta, puis les États-Unis suivent, avec Washington en 1910, la Californie en 1911, l’Arizona, l’Arkansas, l’Alaska… Parmi celles qui ont mené ce combat, Emmeline Pankhurst, née Goulden en 1858 au Royaume-Uni, joue un rôle majeur. Initiée très tôt aux idées politiques, mariée à Richard Pankhurst, elle fonde en 1903 l’Union sociale et politique des femmes (WSPU). Face aux blocages, elle et ses filles se radicalisent, participant à des manifestations bruyantes et à des actions spectaculaires : bris de fenêtres, sabotage, incendies, ce qui leur vaut le surnom de « suffragettes ». Emmeline est emprisonnée à plusieurs reprises et milite pendant la Première Guerre mondiale pour soutenir l’effort national, ce qui favorise la reconnaissance de leur combat : en 1918, les femmes de plus de 30 ans obtiennent le droit de vote au Royaume-Uni. Elle meurt en 1928, un mois avant que le droit soit étendu aux femmes de plus de 21 ans.Lire la suiteEmmeline Pankhurst, suffragette
Norvège, Suède, Finlande et péninsule de Kola en Russie… tels sont les pays où vivent traditionnellement les Samis, à ne pas appeler Lapons, même si l’une des appellations de leur territoire, la Laponie, y invite, car ce terme viendrait du suédois lapp, désignant des « porteurs de haillons ». Leurs langues appartiennent à la famille finno-ougrienne et plus largement ouralienne, réparties en neuf zones linguistiques. Venus vraisemblablement de l’est, des terres sibériennes, il y a environ 4000 ans, ils se sont implantés par vagues successives. Leurs activités anciennes de pêche et de chasse de rennes sauvages se transformèrent en élevage, menacées aujourd’hui par l’exploitation minière, la sylviculture, l’urbanisation et le réchauffement climatique. Leurs objets culturels, comme la kuksa, tasse en bois de bouleau, ou le gákti, vêtement coloré reflétant la nature, l’eau, le soleil et l’amour, témoignent d’un artisanat vivant, le duodji. À cela s’ajoutent le guksi, couteau traditionnel, le joik, chant associé à des personnes ou lieux, le luohti, poésie chantée, et le lávvu, tente temporaire pour l’élevage des rennes. Ces héritages ne sont pas des pièces de musée, mais l’expression d’une vie à respecter et défendre.Lire la suiteBienvenue chez les Samis
Amazigh, kabyle, zenaga, tamasheq, tachelhit, tamazight, tarifit ou chaouia désignent un vaste ensemble de langues dites berbères, rattachées à la famille afro-asiatique et réparties du Maroc à l’Égypte, du Sahel aux îles Canaries. Le terme « Berbère », souvent rejeté, dérive d’une désignation grecque associée à l’idée de barbarie, tandis que les Imazighen se définissent eux-mêmes comme des « hommes libres ». Leur histoire plonge dans la longue durée, avec des racines remontant au Paléolithique supérieur et des tribus attestées dès le Néolithique, vers 5000 avant notre ère. Au fil des millénaires, ces populations ont formé une identité commune, enrichie par des contacts avec Phéniciens, Carthaginois, Romains et royaumes arabes, donnant naissance à des entités majeures comme la Numidie ou aux dynasties almoravide et almohade. Cette profondeur historique se lit dans une culture foisonnante mêlant traditions orales, musiques, artisanats, greniers collectifs fortifiés, bijoux, rites, usage du tifinagh et célébration du Nouvel An amazigh, Yennayer, le 13 janvier, symbole d’un héritage toujours vivant.Lire la suiteLe chemin des Imazighen…
Leur nom est un véritable casse-tête. Par commodité, on parle souvent de « Roms », terme signifiant « homme » en romani, langue indo-aryenne, mais d’autres appellations coexistent : « Tsiganes », peut-être issu du grec atsinganos, « Gitans » ou « Gypsies », liés à une supposée « Petite Égypte », « Kalés » dans l’aire ibérique, « Sinti » ou « Manouches » en régions germanophones, ce dernier renvoyant au sanskrit manushya, « être humain ». Le mot « bohémien » serait lié à des lettres de protection médiévales, tandis que « romanichel » est aujourd’hui péjoratif. En France, « Gens du voyage » désigne une catégorie administrative plus large. Ces termes recouvrent près de 15 millions de personnes aux situations très diverses. L’hypothèse la plus admise situe leur origine dans le nord-ouest de l’Inde, d’où des migrations commencées il y a plus de mille ans les auraient conduits vers l’Europe.Lire la suiteOn les nomme Roms
Qu’est-ce qui distingue notre espèce des autres ? Mammifères primates du genre Homo, les humains se caractérisent par la bipédie, un cerveau proportionnellement plus développé, la complexité du langage, la fabrication d’outils, la transmission des savoirs et l’organisation sociale. Cette singularité résulte d’une longue évolution dont les fossiles sont les témoins. Parmi les plus anciens figure Toumaï, daté de 7 millions d’années, découvert au Tchad et objet de débats scientifiques. Un million d’années plus tard apparaît Orrorin tugenensis au Kenya, puis Ardipithecus ramidus en Éthiopie, âgé de 4,4 millions d’années. Dans la région de l’Afar, Australopithecus afarensis est illustré par Lucy, vieille de plus de 3 millions d’années. Viennent ensuite Homo habilis, premier fabricant d’outils, puis Homo erectus, grand voyageur hors d’Afrique. Homo sapiens apparaît il y a environ 300 000 ans, attesté par des sites en Afrique, au Proche-Orient, en Asie et en Europe. Enfin, l’Homme de Néandertal, longtemps marginalisé, est aujourd’hui reconnu comme une espèce humaine à part entière.Lire la suiteL’histoire d’une espèce…
Kondinji, village du Kerala dans le sud de l’Inde, entre mousson, rizières et cocotiers, se distingue par une concentration exceptionnelle de jumeaux, bien supérieure à la moyenne nationale, au point d’être considérée comme l’une des capitales mondiales de la gémellité. D’autres lieux revendiquent ce titre, comme Cândido Godói au Brésil ou Igbo-Ora au Nigeria, au nord de Lagos, où un panneau proclame fièrement cette singularité. Les hypothèses abondent : certains ont évoqué des expériences menées après-guerre par Josef Mengele, thèse largement contestée, d’autres privilégient des facteurs environnementaux ou hormonaux. À Igbo-Ora, la culture yoruba offre une lecture symbolique : longtemps perçus comme néfastes, les jumeaux sont devenus objets de vénération à travers le culte des Ibeji, avec rituels, statuettes sacrées et célébrations annuelles destinées à attirer paix et prospérité. Les explications oscillent entre consommation d’igname sauvage riche en substances hormonales et transmission génétique locale. Quelles qu’en soient les causes, ces communautés ont fait de la gémellité une richesse culturelle et sociale, rappelant combien la diversité humaine nourrit mythes, sciences et fêtes collectives.Lire la suiteLa capitale des jumeaux
Imaginez une soirée londonienne de 1947 où deux destins se croisent : Ruth Williams, née en 1923 au sud de Londres, ancienne conductrice d’ambulance devenue employée d’assurances, et Seretse Khama, né en 1921 à Serowe, héritier d’une lignée royale du Bechuanaland et étudiant en droit à l’Inner Temple. Leur rencontre lors d’un bal à Nutford House, nourrie par un amour commun du jazz, scelle une union qui allait bouleverser les conventions. Car Seretse était le fils d’un chef bamangwato et le petit-fils d’un roi tribal, et leur mariage interracial, célébré à Kensington en 1948, provoqua scandales et pressions politiques, dans un contexte marqué par l’instauration de l’apartheid et les intérêts stratégiques britanniques en Afrique australe. Malgré l’exil et l’opposition des autorités civiles et religieuses, le couple tint bon. À l’indépendance du Botswana en 1966, Seretse renonça à son titre traditionnel et devint le premier président du pays, tandis que Ruth s’imposa comme Première dame engagée. À la mort de Seretse en 1980, elle fut honorée comme reine-mère. Leur héritage se prolongea lorsque leur fils Ian Khama devint président à son tour. Drôle de monde !Lire la suiteL’impossible mariage
Les Jeux Olympiques antiques, Ὀλυμπιακοὶ Ἀγώνες, débutèrent en 776 av. J.-C., ouvrant non seulement le calendrier olympique mais aussi le calendrier grec. D’autres compétitions existaient : les Jeux isthmiques à Corinthe en l’honneur de Poséidon, les Jeux pythiques ou delphiques célébrant Apollon par des concours musicaux, et les Jeux néméens en mémoire des guerriers morts pour la patrie. Les Olympiques honoraient Zeus et comprenaient épreuves équestres et gymniques, certaines très dures comme le pancrace, et bénéficiaient de la trêve olympique. Ces jeux cessèrent sous l’empereur Théodose à la fin du IVe siècle. Ils furent relancés par Pierre de Coubertin en 1896 à Athènes avec 14 pays et plus de 200 athlètes, hommes uniquement, les femmes entrant quatre ans plus tard. Les symboles modernes incluent la flamme, le drapeau aux cinq anneaux, la devise Citius, Altius, Fortius due à Henri Didon, l’hymne olympique et, depuis 1968, les mascottes. Loués et parfois critiqués, les J.O. reflètent les enjeux de chaque époque, et la périodicité de quatre ans, initiée dans la Grèce antique, reste la règle, sauf interruptions dues aux guerres.Lire la suiteJeux Olympiques…
Les Mayas utilisaient plusieurs calendriers : le Tzolk’in, rituel, combinant 20 jours à 13 nombres pour un cycle de 260 jours, et le Haab, solaire, avec 18 mois de 20 jours plus 5 jours funestes appelés Uayeb. Le « compte long » permettait de synchroniser les deux systèmes, ce qui alimenta les spéculations sur l’an 2012. D’autres calendriers existent, comme le musulman, lunaire, débutant en 622 avec l’Hégire, le hébreu, luni-solaire, débutant en 3761 av. J.-C., le chinois, également luni-solaire, créé en 2637 av. J.-C., et le grégorien, réformant le julien en 1582 pour ajuster le calendrier, supprimant 10 jours et laissant des traces dans les noms de mois, septembre à décembre conservant leur numérotation romaine malgré les ajouts de janvier et février. On trouve aussi le calendrier égyptien de 360 jours plus 5 jours épagomènes, le bouddhiste à partir de 543 av. J.-C., ainsi que les calendriers hindou, copte, zoroastrien, amazighe et républicain. Ainsi, fixer une date implique de considérer ces variations selon les sociétés et les époques, et le cinquième et sixième mois de l’ancien calendrier romain, Quintilis et Sextilis, devinrent juillet et août en hommage à César et Auguste.Lire la suiteIl était une fois les calendriers
Au XVIᵉ siècle, le chroniqueur espagnol Pedro Cieza de León s’émerveille devant la Route des Incas, qu’il décrit comme le chemin le plus grandiose jamais construit. Nommée en quechua Qhapaq Ñan, la « Route royale » traverse l’ancien empire inca de Quito à Santiago, reliant l’actuel Pérou, la Bolivie, l’Argentine et la Colombie. Déployé en deux axes majeurs, l’un andin culminant parfois à plus de 5 000 mètres, l’autre côtier le long du Pacifique, ce réseau était relié par de multiples voies transversales facilitant échanges, commerce, défense et administration. Son cœur était Cuzco, d’où partaient quatre routes vers les suyos, dont celle menant au Machu Picchu. Héritage de cultures andines antérieures, porté à son apogée au XVe siècle, le Qhapaq Ñan comptait des ponts suspendus, tunnels, et des relais fortifiés appelés tambos. Les messages impériaux y circulaient grâce aux chasquis, messagers courant de relais en relais, utilisant les quipus pour transmettre les données. En 2014, ce réseau exceptionnel a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, reconnaissant son importance historique et appelant à sa préservation.Lire la suiteLa Route des Incas
« L’or du Nord », « l’or rouge », « les larmes des dieux », l’elektron des Grecs : l’ambre fascine depuis la nuit des temps. Résine fossile aux inclusions figées dans l’éternité, elle traverse mythes et civilisations : présente dans la tombe de Toutankhamon comme au sanctuaire de Delphes, liée au mythe de Phaéton dont les sœurs pleurent des larmes d’ambre, étudiée par Thalès pour ses propriétés électrostatiques, prisée à Rome pour ses vertus protectrices et esthétiques. Des rivages de la Baltique aux légendes lituaniennes de la déesse Juraté, l’ambre a nourri croyances et imaginaire. Moins connues que les routes de la soie, les routes de l’ambre ont pourtant structuré durant des siècles un commerce reliant la mer Baltique à la Méditerranée, sous l’égide de ports hanséatiques, de puissances militaires et de centres artistiques comme Venise. À cette histoire s’ajoutent d’autres gisements, de la République dominicaine au Chiapas, du Myanmar à l’Arctique.Lire la suiteLes routes de l’ambre
« Aux frontières de la Grande Arménie (…) il y a une fontaine d’où sourd une liqueur semblable à l’huile (…) point n’est bonne à manger, mais bonne à brûler et à soigner hommes et animaux… » : cette description étonnamment précise d’un gisement de pétrole nous vient d’un prisonnier peu ordinaire, le marchand et explorateur vénitien Marco Polo (1254-1324). Elle est extraite de son célèbre Livre des Merveilles, témoignage foisonnant des prodiges du monde à la fin du XIIIᵉ siècle. Avant lui, son père et son oncle avaient déjà voyagé vers l’Orient et rencontré Kubilaï Khan, souverain de l’Empire mongol, qui leur demanda de revenir avec cent prêtres et de l’huile du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Mais la chrétienté était alors sans pape après la mort de Clément IV ; ils repartirent finalement avec le jeune Marco, âgé de dix-sept ans. Ils empruntèrent les routes de la soie jusqu’à la cour impériale. Séduit par l’intelligence du jeune Vénitien, Kubilaï Khan en fit l’un de ses émissaires. Durant près de dix-sept ans, Marco parcourut l’Asie, de Zhangye à Hangzhou, de la Birmanie à l’Inde, avant de rentrer à Venise en 1295. Engagé dans la guerre contre Gênes, il fut capturé et emprisonné, dictant ses récits à Rustichello de Pise & donnant naissance à un immense succès médiéval.Lire la suiteMarco Polo et le Livre des merveilles
En 2007 fut lancée une initiative mondiale visant à revisiter le concept des « Sept merveilles du monde », constatant que parmi les merveilles antiques, seule la pyramide de Khéops subsiste encore aujourd’hui. Les autres ont disparu au fil des siècles, victimes d’incendies, de pillages, de séismes ou du temps : la statue chryséléphantine de Zeus à Olympie, le temple d’Artémis à Éphèse, les énigmatiques jardins suspendus de Babylone, le mausolée d’Halicarnasse, le colosse de Rhodes et le phare d’Alexandrie. Le vote planétaire de 2007 a ainsi consacré sept nouveaux sites emblématiques : le Colisée de Rome, le Taj Mahal, la Grande Muraille, Pétra, Chichén Itzá, le Machu Picchu et le Christ Rédempteur de Rio. Cette liste, forcément subjective, rappelle surtout l’extraordinaire richesse du patrimoine mondial et la difficulté de le réduire à quelques symboles.Lire la suiteLes sept merveilles…
En 1859, le naturaliste français Henri Mouhot s’enfonce dans la jungle cambodgienne et découvre, au fil d’une végétation dense, d’imposantes ruines de pierre : l’ancienne cité d’Angkor. Salué comme son « redécouvreur », il n’en fut pourtant ni le premier ni le seul témoin, car le site n’avait jamais totalement disparu de la mémoire locale. Capitale de l’empire khmer du IXe au XVe siècle, Angkor connut cinq siècles d’essor avant sa chute en 1431 face au royaume d’Ayutthaya. Son architecture remarquable se distingue par les temples-montagnes, pyramides symbolisant le mont Meru, centre de l’univers dans l’hindouisme, tandis que le bouddhisme y laissa aussi son empreinte, notamment avec les visages souriants et compassionnels du Bayon. La puissance d’Angkor reposait enfin sur une maîtrise exceptionnelle de l’eau, grâce à d’immenses réservoirs et canaux exploitant la mousson. Si centrale pour l’identité khmère, Angkor Vat figure encore aujourd’hui sur le drapeau du Cambodge. Morale de l’histoire : en observant les grandes cités du passé, nous trouvons souvent des clés précieuses pour penser nos propres défis urbains.Lire la suiteAngkor et les temples-montagnes
Et si nous nous aventurions sur le plus grand monument du monde ? Cheminant à travers des paysages saisissants, franchissant montagnes, plaines et déserts, il est surnommé « le mur long de 10 000 li » 万里长城 (Wànlǐ Chángchéng). Un li valant environ 500 m, cela évoque 5 000 km, mais sa longueur réelle, en incluant toutes ses sections, serait trois à quatre fois supérieure : tel est le destin exceptionnel de la Grande Muraille de Chine. Ses premières constructions remontent aux périodes des Printemps et Automnes 春秋 puis des Royaumes combattants 战国, avant d’être unifiées par le Premier Empereur. Aujourd’hui, elle traverse neuf provinces et municipalités. Les vestiges visibles datent surtout de la dynastie Ming 明朝 (1368-1644), les Qing 清朝 s’en étant détournés après leur prise de pouvoir en 1644 à la passe de Shanhai 山海关. Qin Shihuang 秦始皇 (221-207 av. J.-C.), célèbre pour l’armée de terre cuite de Xi’an 西安, voulait protéger la frontière nord. De nombreuses légendes entourent sa construction, dont celle d’une épouse dont les larmes firent s’effondrer un pan du mur sous les Tang 唐朝 (…)Lire la suiteLe mur aux dix mille li…
Que serait notre monde sans son histoire migratoire, depuis les origines d’Homo sapiens sortant d’Afrique de l’Est pour peupler la Terre ? Les migrations n’ont jamais cessé, malgré les conditions changeantes qui les ont favorisées ou entravées. Aujourd’hui, plusieurs centaines de millions de migrants traversent le monde, chacun portant une histoire singulière. Ellis Island, dans la baie de New York près de la Statue de la Liberté, fut l’une des portes d’entrée des flux migratoires américains de 1892 à 1954. L’Immigration Museum y relate les parcours éprouvants de celles et ceux fuyant famine, oppression, pogromes ou pauvreté, en quête d’une vie nouvelle. Baptisée « île aux Mouettes » par les Algonquins, elle devint « Gibbet Island » avant d’être rachetée par Samuel Ellis. Les immigrants passaient l’inspection sanitaire, et les rejetés étaient renvoyés ; les autres rejoignaient New York pour y commencer leur vie américaine. Au plus fort, plus de 10 000 personnes y transitaient chaque jour. Des figures célèbres, réelles ou fictionnelles, y ont fait escale, de Charlie Chaplin à Vito Corleone. Morale : face aux migrations actuelles liées au climat, aux conflits ou aux crises économiques, l’humanité saura-t-elle affronter ce défi renouvelé ? Aujourd’hui, environ un tiers des citoyens américains ont au moins un ancêtre passé par Ellis Island.Lire la suiteEllis Island
« Polynésie », « Mélanésie » et « Micronésie » sont des termes forgés au XIXe siècle et toujours employés. Quant à l’origine des peuples polynésiens, plusieurs hypothèses existent, la principale les reliant aux cultures de Lapita, connues pour leurs poteries décorées et attestées il y a environ 3500 ans, de la Nouvelle-Guinée aux Samoa. Le triangle polynésien relie Hawaï, la Nouvelle-Zélande et Rapa Nui. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’aventure du Kon-Tiki menée en 1947 par Thor Heyerdahl, convaincu que la Polynésie aurait aussi pu être peuplée depuis les côtes américaines. Pour le prouver, il construit avec cinq compagnons un radeau de balsa inspiré des Incas et traverse le Pacifique malgré le scepticisme général. Entre avaries, poissons volants, rencontres marines et nuits d’angoisse, l’expédition atteint après trois mois et près de 8000 km un récif des Tuamotu, démontrant la faisabilité du voyage. Le nom Kon-Tiki unirait Kon, dieu inca, et Tiki, ancêtre divin polynésien.Lire la suiteL’aventure du Kon-Tiki
Depuis l’Antiquité, l’eau rythme la vie des sociétés, tantôt ressource vitale, tantôt menace, et c’est à elle que répond la cérémonie du Kuomboka, mot lozi signifiant « sortir de l’eau ». Chaque année, à l’extrême ouest de la Zambie, le peuple lozi quitte la plaine inondable de Barotse pour rejoindre Limulunga, sur des terres plus élevées, en remontant le fleuve Zambèze. À la fin de la saison des pluies, le roi, le litunga, fixe la date du départ, annoncée par les puissants tambours maoma. Les canoës sont préparés, les pagayeurs royaux – sélectionnés lors de tournois – se rassemblent, et le souverain embarque sur la majestueuse Nalikwanda, surmontée d’un éléphant, tandis que son épouse prend place sur la Nalwange. Au son des tambours et des salimbas, la procession fluviale s’élance pour près de six heures, portée par les valeurs ancestrales de toute une communauté. En cours de route, le roi revêt un uniforme d’amiral britannique, souvenir des accords conclus en 1902 avec Édouard VII. Six mois plus tard, le trajet inverse, le Kufuluhela, ramène la cour à Lealui, lorsque les eaux se retirent.Lire la suiteKuomboka




















