Il existe des manières singulières de produire des sons sans recourir aux poumons, utilisant différentes parties du conduit vocal, donnant naissance aux langues à clics. On y reconnaît par exemple le « bruit du baiser » bilabial, le « bruit d’agacement » dental (tss-tss) ou encore le claquement de langue, parfois combinés à la nasalisation, au voisement ou à la glottalisation. Le hadza, parlé en Tanzanie, comporte ainsi 65 consonnes, dont une douzaine de clics. Ces langues se répartissent principalement en trois familles anciennement regroupées comme khoisan : les langues tuu (Botswana, Afrique du Sud), khoe (Namibie, Kalahari) et juu-ǂhoan (Botswana, Namibie, Angola), tandis que certaines langues bantoues, comme le xhosa ou le zoulou, intègrent aussi des clics. Hélas, nombre d’entre elles sont menacées. C’est le cas du N|uu, sauvé grâce à l’engagement de Katrina Esau, dernière locutrice, qui transmit la langue à une nouvelle génération et publia avec sa petite-fille un livre de contes, assurant la survie de ses 114 sons distincts et 45 clics, preuve qu’implication individuelle et universitaire peuvent redonner vie à un patrimoine linguistique unique.Lire la suiteDes sons qui cliquent…
Pantopique : sens
Indissociables de l’expérience humaine, les cinq sens structurent notre rapport au monde et conditionnent toute forme de connaissance incarnée. Voir, entendre, toucher, sentir, goûter : ces modalités de perception, longtemps envisagées comme évidentes, renvoient en réalité à des mécanismes complexes, à la croisée du biologique, du cognitif et du culturel. Loin de se limiter à des fonctions physiologiques, les sens participent à la construction du sens, de la mémoire, de l’émotion et du lien social. Comment les sociétés humaines ont-elles pensé, hiérarchisé ou opposé les sens ? Pourquoi la vue a-t-elle souvent été associée à la raison et à la vérité, tandis que l’odorat ou le goût furent relégués à des registres jugés plus instinctifs ? Dans quelles mesures les cadres culturels, les environnements techniques et les modes de vie contemporains transforment-ils nos paysages sensoriels ? Saturation visuelle, omniprésence sonore, standardisation des saveurs : quelles conséquences ces évolutions ont-elles sur l’attention, la santé et la relation au vivant ? Les cinq sens mobilisent ainsi des savoirs multiples : médicaux et neuroscientifiques, bien sûr, mais aussi philosophiques, esthétiques, anthropologiques et artistiques. Des théories antiques aux recherches contemporaines sur la perception, des pratiques culinaires aux arts visuels et sonores, ils constituent un terrain privilégié pour penser l’expérience humaine dans sa dimension la plus incarnée. Enfin, la manière même de nommer et de décrire les sens varie selon les langues et les cultures. Certaines en reconnaissent davantage, d’autres les articulent différemment, intégrant l’équilibre, la proprioception ou la perception interne. Explorer les cinq sens, c’est ainsi interroger les mots, les récits et les représentations par lesquels les sociétés donnent forme à leur manière d’être au monde.
Un pantopique correspond à la réunion de quelques repères, plus ou moins nombreux, que vous pouvez commenter, compléter, étendre, selon vos propres champs d’expériences, de savoirs, d’enquêtes… - contact@21dialogues21.org
Les Guanches, ancienne population des îles Canaries, ont disparu au 16e siècle mais ont légué une part de leur culture, notamment la langue sifflée silbo pratiquée aujourd’hui par les Gomeros, héritiers de cette tradition. Initialement berbère, le silbo moderne s’appuie sur l’espagnol, « silbo » signifiant « sifflement ». Des systèmes comparables existent ailleurs pour communiquer sur de longues distances : à Kuşköy en Turquie, la « langue des oiseaux » est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2017 ; dans le Béarn, le village d’Aas conserve un béarnais sifflé ; au Mexique, certaines communautés mazatèques utilisent aussi des formes sifflées. Selon Julien Meyer, toutes les langues peuvent être sifflées, même si c’est plus complexe pour les langues tonales comme le chinois, où la mélodie influence le sens et le langage sifflé devient plus stéréotypé.Lire la suiteSiffler aux Canaries…
La fréquence, caractéristique du son avec l’intensité et la durée, indique le nombre de vibrations par seconde, exprimé en Hertz (Hz), et permet de distinguer sons graves et aigus, l’oreille humaine percevant entre 20 et 20 000 Hz, en dessous ou au-delà se situant infrasons et ultrasons. De la même manière, chaque langue utilise certaines plages de fréquences ou « bandes passantes » reflétant leur diversité : l’anglais couvre 2000–12 000 Hz, l’espagnol 100–500 Hz, l’allemand 100–3000 Hz, le chinois 100–2000 Hz, le français 1000–2000 Hz, tandis que le russe, champion, va de 125 à 12 000 Hz. Ces variations influencent l’apprentissage et l’accoutumance aux sons de chaque langue, suggérant l’intérêt d’une sensibilisation précoce des jeunes cerveaux à cette richesse acoustique. Profitons de la journée du 6 juin, fête de la langue russe, pour écouter ses textes et poèmes, célébrant la naissance en 1799 d’Alexandre Sergueïevitch Pouchkine, figure majeure de la littérature et de la culture universelle.Lire la suiteDes bandes passantes…
Le cinéma muet est une période de l’histoire du cinéma caractérisée par des films qui n’avaient pas de bande sonore synchronisée avec l’image projetée. Cette époque a principalement débuté à la fin du XIXe siècle avec les premières expériences de cinéma et s’est poursuivie jusqu’aux années 1920, lorsque le cinéma parlant est devenu largement répandu. Les films muets étaient généralement…Lire la suitecinéma muet
« Ballad of Sexual Dependency » est une série de photographies réalisée par l’artiste américaine Nan Goldin dans les années 1980. Cette série documentaire présente des instantanés de la vie quotidienne, des relations intimes, des moments de fête et des périodes de crise, capturant ainsi l’essence de la vie urbaine et underground à New York dans les années 1980. Les photographies sont…Lire la suiteBallad of Sexual Dependency
Blessé à l’âge de trois ans dans l’atelier de son père bourrelier, Louis Braille perd progressivement la vue. Soutenu par ses parents, il entre à l’Institution royale des jeunes aveugles, fondée par Valentin Haüy, où il révèle très tôt un esprit inventif et rigoureux. En 1821, la présentation de la sonographie de Charles Barbier de La Serre l’inspire tout en lui montrant ses limites ; il conçoit alors un système tactile simple et efficace pour transcrire lettres, chiffres et musique. En 1829, la publication de son Procédé pour écrire les paroles, la musique, le plain-chant à l’usage des aveugles marque la naissance du système braille, fondé sur des points saillants. Cette avancée majeure s’inscrit dans une longue quête d’accessibilité du savoir, illustrée aussi par Zain-Din al Amidi, à Bagdad, qui développa un procédé de lecture à base de noyaux de fruits. Malgré les résistances, Louis Braille persévéra jusqu’à sa mort prématurée à 43 ans. Aujourd’hui, son système, fondé sur six points (64 caractères), a été étendu à huit points grâce à Unicode, démontrant la fécondité durable d’une invention née de la ténacité et de l’imagination humaines.Lire la suiteL’œil et la main
L’art est la création-invention, au niveau du mécanisme de la pensée et de l’imagination, d’une idée originale à contenu esthétique traduisible en effets perceptibles par nos sens. Le déroulement et l’ordonnance de ces effets sont élaborés par un programme dans le temps ou dans l’espace, ou dans les deux à la fois, dont les composants et les rapports de proportion sont optimaux, inédits et esthétiques. Ces effets sont transmis grâce à l’emploi de signaux visuels, auditifs ou audiovisuels, à tous ceux qui, accidentellement ou volontairement, deviennent des spectateurs-auditeurs temporaires ou permanents de ces effets. Il en résulte un processus de fascination provoquant une modification plus ou moins profonde de leur champ psychologique selon le degré de la valeur esthétique de la création. Cette modification doit aller dans le sens de la transcendance, de la sublimation et de l’enrichissement spirituel par le truchement du jeu complexe de la sensibilité et de l’intellect humains. (…) Pour atteindre ce but, le créateur doit utiliser un langage et des techniques qui correspondent au véritable niveau de développement de son époque.Lire la suiteart [indéfinition N.S.]
Le point invisible est une couture de finition destinée à assembler ou fermer sans être apparente. Il est utilisé dans les zones visibles afin de préserver l’esthétique. Ce point demande précision et discrétion. Il est souvent employé pour les finitions textiles. Sa réussite repose sur la régularité et la tension du fil. Le point invisible valorise la qualité du travail.…Lire la suiteLe point invisible
La ligne rouge désigne une limite explicite ou implicite qu’il est interdit de franchir sans conséquences. Elle peut être d’ordre moral, juridique, politique, social ou personnel, et marque un seuil au-delà duquel une situation change de nature. Tracée pour prévenir l’escalade, elle vise à protéger des valeurs fondamentales, des règles communes ou l’intégrité des individus et des collectifs. La ligne…Lire la suiteligne [3]
Le son, phénomène éphémère et relationnel, est profondément transformé par l’intelligence artificielle, qui le capte, l’analyse, le reproduit et le génère. Reconnaissance vocale, synthèse sonore, clonage de voix et recomposition algorithmique modifient notre manière d’entendre et de produire les sons, qui deviennent des matériaux manipulables, parfois détachés de leur source, de leur contexte et de leur auteur. Si ces technologies ouvrent de nouvelles possibilités de création, d’accessibilité et de mémoire sonore, elles fragilisent aussi les cadres juridiques existants : à qui appartient une voix synthétisée ou un timbre imité ? Le droit d’auteur, le droit à la voix et la notion d’œuvre sont mis à l’épreuve par des pratiques brouillant les frontières entre original, copie et dérivation. Au-delà des risques de falsification ou d’appropriation, c’est la confiance dans la parole et l’authenticité sonore qui est affectée. Penser le son à l’ère de l’IA suppose de reconnaître ces transformations, d’en comprendre les enjeux de responsabilité et de cultiver une écoute critique des conditions de production des sons, car le son ne se réduit pas à un signal : il engage des identités, des droits et des relations que la technique ne peut neutraliser.Lire la suiteSon & IA
L’image, longtemps perçue comme une trace du réel ou l’expression d’un regard situé, est profondément transformée par l’intelligence artificielle, capable de la produire, de la modifier et de la diffuser sans ancrage direct dans un événement ni chez un auteur identifiable. Génération d’images, retouches automatisées, reconstitutions visuelles et deepfakes brouillent la frontière entre représentation et fabrication, rendant l’image à la fois omniprésente et instable. Cette plasticité modifie le rapport à la preuve, à la mémoire et à la confiance visuelle, tout en mettant à l’épreuve les cadres juridiques existants. À qui appartient une image issue d’archives, de styles reconnaissables ou de visages identifiables ? Où situer la responsabilité lorsque des images falsifiées produisent des effets sociaux, politiques ou intimes bien réels ? Le droit d’auteur, le droit à l’image et les notions d’originalité et d’intention se trouvent ainsi fragilisés par des pratiques qui échappent aux catégories classiques. Penser l’image à l’ère de l’IA suppose d’interroger ses conditions de fabrication, de reconnaître les médiations techniques à l’œuvre et de maintenir une vigilance critique face à sa puissance de persuasion.Lire la suiteImage & IA
La vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat et le goût sont aujourd’hui profondément reconfigurés par des systèmes d’intelligence artificielle qui médiatisent, augmentent ou simulent la perception. Vision artificielle, reconnaissance sonore, interfaces haptiques ou modélisation sensorielle traduisent l’expérience sensible en données exploitables, faisant glisser la perception du registre de l’épreuve vécue vers celui de la performance mesurable et optimisable. Si ces technologies ouvrent des perspectives majeures – compensation de handicaps, enrichissement sensoriel, nouvelles formes de création – elles risquent aussi d’instaurer des filtres techniques entre le corps et le monde, appauvrissant le rapport immédiat au sensible. La perception devient alors un processus médié, sélectionné et parfois orienté par des architectures algorithmiques. Dans ce contexte, il devient essentiel de développer une conscience critique des dispositifs qui façonnent notre rapport sensoriel au réel, afin de préserver une écologie de la perception où la technologie enrichit l’expérience sans en dissoudre la profondeur ni l’ancrage corporel.Lire la suite5 sens & IA
(néologisme – nom) Désigne l’odeur du gazon fraîchement coupé. Exemple : Quand enfin les tondeuses se taisent, qu’il est bon de goûter à la fois le silence et la fraîche odeur du verpré.Lire la suiteverpré
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(néologisme – nom) Désigne la fragrance subtile qu’exhale un drap blanc après avoir séché toute une journée au soleil. Exemple : Je me couchais le soir dans mes draps propres et sentant bon l’efflumière.Lire la suiteefflumière
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(néologisme – nom) Crissement spécifique que produisent parfois nos pas lorsque l’on marche dans le sable. Exemple : A peine sommes-nous descendus sur la plage qu’un joyeux crissilice s’est élevé à chacun de nos pas.Lire la suitecrissilice
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Moines mendiants japonais du bouddhisme Zen, également connus sous le nom de bonzes chanteurs. Originaires de l’ère médiévale, ces moines itinérants étaient souvent aveugles et jouaient du biwa, un instrument à cordes japonais, tout en chantant des épopées narratives. Les biwa hoshi étaient réputés pour diffuser des récits épiques et des enseignements bouddhistes lors de leurs déplacements à travers le…Lire la suitebiwa hoshi
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Phénomène naturel complexe et évocateur, désignant l’odeur particulière qui se dégage lorsque la pluie tombe sur une terre sèche, notamment après une période de temps sec. Cette fragrance distincte est due à la libération de composés organiques volatils présents dans le sol, tels que les huiles essentielles sécrétées par les plantes, les bactéries et les champignons, ainsi que d’autres substances…Lire la suitepétrichor
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Molécule organique produite par certains micro-organismes présents dans le sol, tels que les bactéries et les champignons. Elle est responsable de l’odeur distincte de terre mouillée ou de sol humide, souvent perçue après la pluie. Cette substance donne au pétrichor sa fragrance caractéristique et agréable, évoquant des sensations de fraîcheur et de connexion avec la nature. La géosmine est également…Lire la suitegéosmine
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Le terme ratljós est un mot d’origine islandaise désignant une condition lumineuse intermédiaire, caractérisée par une clarté suffisante pour voir sans recourir à un éclairage artificiel. Il décrit un état de lumière diffuse, souvent associé aux longues périodes de crépuscule propres aux latitudes nordiques. Dans le contexte du Islande, ce phénomène est étroitement lié aux variations extrêmes de la durée…Lire la suiteratljós
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Komorebi 木漏れ日est un mot japonais désignant la lumière du soleil, filtrée à travers les feuilles des arbres. Composé de ko 木 signifiant « arbre », more 漏れ, « qui fuit, qui passe », et hi (ou bi) 日, « soleil ; lumière du soleil ». Il désigne “la lumière du soleil qui brille à travers les arbres” mais aussi la beauté éphémère et l’imperfection des choses…Lire la suitekomorebi
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