Les océans, loin d’être des ressources inépuisables, révèlent la fragilité de nos rapports au vivant et aux équilibres planétaires. Depuis des millénaires, les Polynésiens voyaient chaque île comme le nombril d’une coupole céleste et leurs pirogues comme des instruments reliant ciel et mer, explorant à la fois l’espace physique et cosmique, et incarnant un respect profond pour Tangaroa, gardien des océans. Cette vision révèle que naviguer sur l’eau n’est pas un simple déplacement mais un apprentissage du lien entre l’humain et le milieu, où savoirs, savoir-faire et éthique se confondent. Aujourd’hui, face à la surpêche, à la pollution et au déclin de la biodiversité marine, cette sagesse ancienne nous interpelle : comment changer nos modes de vie, réapprendre le respect des océans et construire une relation durable avec eux ? Et si l’on commençait par questionner notre indéfinition de la « mer » ?Lire la suiteVoler de ciel en ciel, l’océan…
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La Pachamama rappelle que l’environnement n’est ni un décor ni une simple ressource, mais une relation vivante dont nous faisons partie. Dans les cosmologies andines, la Terre nourrit à condition d’être reconnue, honorée et ménagée : recevoir oblige à rendre, prélever engage à réparer, habiter suppose de prendre soin. Ces pratiques ne relèvent pas du folklore, mais d’une éthique de la réciprocité fondée sur les limites et les interdépendances. À l’inverse, nos modèles contemporains tendent à fragmenter la Terre en gisements, surfaces productives ou externalités, dissociant l’usage de la responsabilité. Pollution, effondrement de la biodiversité et dérèglement climatique traduisent moins une ignorance qu’un déni de la vulnérabilité partagée. Or la question environnementale commence bien « en chacun » : dans les choix ordinaires comme dans les décisions collectives, mais aussi dans les récits que nous élaborons sur la Terre. Est-elle un stock à gérer ou un milieu à cohabiter ? Les cultures de la Terre-mère n’invitent pas à un retour en arrière, mais proposent un autre langage pour penser l’avenir, fondé sur l’attention, la gratitude et la limite. Reconnaître la Terre comme relation plutôt que comme objet engage une responsabilité à la fois intime et politique. Et si l’on commençait par questionner notre indéfinition de la « terre » ?Lire la suitePachamama, la voie de la Terre…
Zealandia (ou continent néo-zélandais ou Tasmantis) – Un « nouveau » continent presque entièrement submergé pour être pris en compte ? Zelandia, également connue sous le nom de continent de la Nouvelle-Zélande ou Tasmantis, est une masse de terre continentale presque entièrement submergée. Elle s’étend sur une superficie d’environ 4,9 millions de kilomètres carrés, soit plus du tiers de la…Lire la suiteZealandia
Le mot « continent », du latin continere signifiant « tenir ensemble », désigne les terres continues, mais leur nombre et leur délimitation restent discutés. Six continents sont souvent retenus, mais certains estiment que l’Amérique pourrait être scindée en deux, que l’Asie et l’Europe ne forment qu’un seul bloc, ou que l’Océanie n’est pas une continuité réelle, tandis que Zealandia, presque submergée, soulève de nouvelles questions. Cette réflexion s’inscrit dans la perspective de la Pangée, continent primitif révélé par Alfred Wegener, qui se serait fragmenté sur 250 millions d’années. Les noms eux-mêmes recèlent des histoires fascinantes : « Amérique » rend hommage à Amerigo Vespucci, parfois contesté par les peuples indigènes pour lesquels « Abya Yala » signifie « Terre dans sa pleine maturité » ; « Europe » évoque la fille d’Agenor et ses larges yeux ou le « couchant » grec ; « Asie » du Levant sémitique ; « Afrique » de la province romaine ou du mot sémitique pour « poussière » ; « Océanie » proposée par Malte-Brun en 1812 ; « Antarctique » dérivant du grec arktos, « ours », en référence à la constellation de la Petite Ourse.Lire la suiteIl était une fois les continents…
Cette rétrospective de la performance retrace la carrière prolifique de Marina Abramović (Yougoslave, née en 1946) avec une cinquantaine d’œuvres couvrant plus de quatre décennies de ses premières interventions et pièces sonores, œuvres vidéo, installations, photographies, performances en solo et performances réalisées en collaboration avec Ulay (Uwe Laysiepen). Dans le but de transmettre la présence de l’artiste et de rendre ses performances historiques accessibles à un public plus large, l’exposition comprend les premières réinterprétations en direct des œuvres d’Abramović par d’autres personnes jamais réalisées dans le cadre d’un musée. En outre, une nouvelle œuvre originale interprétée par Abramović marquera la plus longue période pendant laquelle elle a interprété une seule pièce en solo. (Toutes les performances, dont l’une implique la participation du spectateur, se dérouleront pendant toute la durée de l’exposition, depuis l’ouverture du musée jusqu’à sa fermeture, afin de permettre aux visiteurs de ressentir l’intemporalité des œuvres.Lire la suiteThe Artist is present
Dans The Raven (1845), Lenore apparaît comme une figure absente mais centrale, dont la présence se manifeste précisément par son absence. Elle n’est jamais décrite physiquement, ce qui la transforme en symbole plutôt qu’en personnage, concentrant le chagrin, le désir et la mémoire du narrateur. Lenore incarne l’idéal féminin perdu, associé à la beauté, à la pureté et à une…Lire la suiteLenore dans The Raven [Poe]
Carte en T ou en TO (pour orbis terrarum) – Carte antique proposée par Isidore de Séville (c. 560 – 636) d’abord dans ‘De Natura Rerum’ puis dans ses ‘Etymologiae’. Il mentionne les trois continents connus associés aux descendants de Sem (Asie), Japheth (Europe) et Cham (Afrique), dont les noms ont été ajoutés plus tard. Ces cartes sont également connues…Lire la suiteCarte en T ou en TO
Sir Walter Raleigh, poète, courtisan et explorateur anglais, fut l’un de ces hommes saisis par le rêve d’Eldorado : après une expédition infructueuse en 1595 et un passage en prison, il repartit en 1617 à la recherche de la mythique Cité d’or, avant d’être arrêté à son retour pour avoir attaqué des possessions espagnoles et décapité à la Tour de Londres en 1618. Cette obsession s’inscrit dans une longue histoire nourrie de récits et de confusions, depuis Francisco de Orellana, explorant l’immense fleuve Amazone à la recherche d’or et de cannelle, jusqu’aux témoignages évoquant des guerrières rappelant les Amazones grecques. Mais où situer Eldorado : près de l’Amazone, de l’Orénoque, au Brésil, au Venezuela, au Guyana ou en Colombie ? Un récit chibcha, ou muisca, joua un rôle décisif : celui d’un roi, le zipa de Bacatá, qui se couvrait d’or et jetait offrandes et trésors dans le lac Guatavita lors de cérémonies fastueuses. Reprise par les Conquistadores, cette légende alimenta des tentatives hasardeuses d’assèchement du lac, au prix de lourdes pertes humaines. Ainsi, de siècle en siècle, la soif d’or transforma un rite symbolique en mirage obsédant, jusqu’à faire d’Eldorado un mythe persistant, révélateur des excès et des rêves de l’humanité.Lire la suiteL’Eldorado
Selon la légende, Midas, roi de Phrygie, reçut de Dionysos le don de transformer en or tout ce qu’il touchait, faveur qui se révéla une malédiction puisqu’il ne pouvait plus ni manger ni boire. Libéré après s’être baigné dans le fleuve Pactole, celui-ci aurait dès lors charié de l’or, enrichissant la Lydie et son roi Crésus au VIe siècle av. J.-C. Rendu vaniteux par sa fortune, Crésus interrogea le sage Solon sur le plus heureux des hommes ; celui-ci répondit que seul le temps permettait d’en juger. Offensé, Crésus le congédia. Les années confirmèrent pourtant l’avertissement : son fils Atys mourut à la chasse, puis la Lydie entra en guerre contre la Perse de Cyrus. Malgré des oracles jugés favorables, Sardes tomba et Crésus fut capturé. Sa fin demeure incertaine : exécuté selon certains, épargné selon d’autres après avoir invoqué le nom de Solon, devenant même conseiller de Cyrus. Crésus fut le dernier roi de la dynastie des Mermnades.Lire la suiteRiche comme Crésus
La Pierre de Rosette est une stèle inscrite datant de l’Égypte antique, découverte en 1799 à Rosette (Rashid), en Égypte, par les troupes françaises de Napoléon Bonaparte. Datant de 196 av. J.-C., la pierre comporte le même texte en trois écritures : égyptien hiéroglyphique, démotique et grec ancien. Cette découverte a été cruciale pour la compréhension des hiéroglyphes égyptiens, car…Lire la suitePierre de Rosette
La question de l’énergie traverse nos vies et nos sociétés, tout autant que nos cultures et nos corps. Dès l’aube, le soleil nous invite à puiser en nous cette force vitale que l’on nomme énergie, et que certaines traditions comme le tàijí quán, le qìgōng ou le yoga ont explorée depuis des siècles à travers la respiration, le mouvement, la concentration et l’endurance. Les systèmes humains et naturels obéissent aux mêmes principes : chaque flux doit être équilibré, chaque effort mesuré. Pourtant, nos sociétés modernes ont trop souvent traité l’énergie comme un bien illimité, qu’il s’agisse des combustibles fossiles ou de la surconsommation numérique : archiver tout, connecter tout, envoyer des flux incessants, sans penser aux coûts réels, écologiques et humains. Les nouvelles sources « propres » sont une réponse nécessaire, mais insuffisante si nous ne repensons pas notre rapport même à l’énergie, à sa présence et à ses usages. Avant de chercher des solutions techniques, il faut d’abord interroger ce que nous entendons par « énergie » : force, mouvement, puissance, équilibre, vitalité, conscience de nos limites et de notre responsabilité collective.Lire la suiteÉnergie disponible, énergie utile…
Dans un environnement désertique, l’irrigation est une question vitale. Les Ladakhis ont développé des systèmes complexes de canaux permettant de détourner l’eau issue de la fonte des neiges. Ces réseaux sont entretenus collectivement, selon des règles strictes de partage. La gestion de l’eau reflète une organisation sociale fondée sur la coopération et la solidarité. Chaque village dépend de la bonne…Lire la suiteIrrigation au Ladakh
Vivre comporte intrinsèquement des risques, et nos façons de les affronter varient selon les contextes et protections dont nous disposons. Certaines populations, comme celles établies sur le permafrost, confrontent quotidiennement ce qui semblait immuable : ce sol gelé en permanence recouvrant 20 % de la surface terrestre, notamment en Alaska et en Sibérie, commence à fondre pour la première fois depuis plus de 10 000 ans. Cette fonte bouleverse tout : instabilité des infrastructures, émissions massives de méthane, libération de virus et bactéries anciens. À Iakoutsk, par exemple, des habitations reposant sur des poutres enfoncées six mètres dans le sol solide se trouvent menacées. Ironie de la langue russe, ce permafrost est appelé « givre éternel », alors qu’il devient vulnérable aux changements climatiques. Ainsi, la précaution et la préparation sont naturelles, mais la perception du risque peut être bouleversée par des forces inattendues, soulignant combien il est crucial de questionner notre définition même de ce qu’est un « risque » et comment y répondre face à l’inattendu.Lire la suiteEt si le permafrost… ?
La bouteille en plastique, dès sa naissance, est promise à la fin de son cycle de vie : parfois recyclée, souvent rejetée, elle rejoint trop fréquemment la masse des déchets. Cette logique interroge notre rapport au gaspillage, que certaines cultures ont longuement questionné. Au Japon, le terme mottainai exprime à la fois « quel gâchis » et une invitation morale à respecter les ressources. Hérité notamment de l’époque d’Edo, il s’applique aux objets du quotidien : jeter des sandales pour une lanière cassée, un vêtement devenu trop grand ou une tasse fissurée serait mottainai. Cette éthique se prolonge dans des pratiques comme le furoshiki, tissu réutilisable pour transporter ou emballer, ou le kintsugi, art de réparer les poteries en valorisant leurs fêlures plutôt qu’en les dissimulant. Autant de rappels qu’une autre relation aux objets, aux matières et à l’environnement est possible, fondée sur la sobriété, la gratitude et la réparation plutôt que sur l’abandon. Face à l’ampleur des déchets contemporains, cette sagesse invite à repenser nos usages et nos responsabilités. Et si l’on commençait par questionner notre indéfinition du « déchet » ?Lire la suiteMottainai : Quel gaspillage !
Peut-on dire que ce fut jadis un paradis terrestre ? Oui. Peut-on dire que la chute fut brutale ? Hélas, oui. Le lieu où nous mènent aujourd’hui nos pas se nomme Nauru, minuscule pays du Pacifique, proche de l’équateur, aux origines de peuplement incertaines et structuré autour de douze tribus. Longtemps, cocotiers, bananiers et takamakas ont façonné son environnement. Puis vinrent les Européens et, en 1900, la découverte de vastes gisements de phosphate, engrais convoité, bouleversa le destin de l’île. Disputée au cours du XXe siècle, la ressource passa finalement sous contrôle australien. À l’indépendance, en 1968, le phosphate propulsa Nauru vers une richesse fulgurante : revenus records, société de consommation, investissements immobiliers, compagnie aérienne et aéroport international. Mais cette prospérité eut un coût : bouleversement alimentaire, maladies, obésité massive. Lorsque les cours chutèrent, que les réserves s’épuisèrent et que les placements échouèrent, la chute fut sévère. Comme le rappelait Hérodote, la félicité humaine ne dure jamais. Il reste à souhaiter aux générations futures de préserver un capital plus durable : la culture, l’esprit et les traditions.Lire la suiteLe tragique destin de Nauru…
Bien des gestes quotidiens reposent sur une idée parfois biaisée du confort et du bien-être, dont les effets sur notre épanouissement et sur l’environnement méritent d’être interrogés. Un détour par la Corée, en plein hiver, éclaire cette réflexion avec le ondol, système traditionnel de chauffage par le sol où la chaleur se diffuse doucement dans l’espace. Héritier de techniques très anciennes, fondées sur l’ingéniosité des conduits, de la pierre chauffée et de la circulation de l’air, il a façonné des modes de vie invitant à s’asseoir au sol, à ralentir, à habiter la chaleur plutôt qu’à la consommer. Ce modèle rappelle que le confort ne se réduit pas à la performance technique ou à l’abondance énergétique, mais s’inscrit dans un rapport mesuré aux ressources, aux usages et au corps. À l’heure où nos sociétés redéfinissent leurs besoins face aux limites écologiques, la question demeure : saurons-nous discerner ce qui relève d’un bien-être véritable, physique et psychique, et accepter d’en mesurer le coût, notamment environnemental ? Et si l’on commençait par questionner notre indéfinition du bien-être ?Lire la suiteLe ondol, ou le bien-être par le sol…
Il existe des manières singulières de produire des sons sans recourir aux poumons, utilisant différentes parties du conduit vocal, donnant naissance aux langues à clics. On y reconnaît par exemple le « bruit du baiser » bilabial, le « bruit d’agacement » dental (tss-tss) ou encore le claquement de langue, parfois combinés à la nasalisation, au voisement ou à la glottalisation. Le hadza, parlé en Tanzanie, comporte ainsi 65 consonnes, dont une douzaine de clics. Ces langues se répartissent principalement en trois familles anciennement regroupées comme khoisan : les langues tuu (Botswana, Afrique du Sud), khoe (Namibie, Kalahari) et juu-ǂhoan (Botswana, Namibie, Angola), tandis que certaines langues bantoues, comme le xhosa ou le zoulou, intègrent aussi des clics. Hélas, nombre d’entre elles sont menacées. C’est le cas du N|uu, sauvé grâce à l’engagement de Katrina Esau, dernière locutrice, qui transmit la langue à une nouvelle génération et publia avec sa petite-fille un livre de contes, assurant la survie de ses 114 sons distincts et 45 clics, preuve qu’implication individuelle et universitaire peuvent redonner vie à un patrimoine linguistique unique.Lire la suiteDes sons qui cliquent…
Les Guanches, ancienne population des îles Canaries, ont disparu au 16e siècle mais ont légué une part de leur culture, notamment la langue sifflée silbo pratiquée aujourd’hui par les Gomeros, héritiers de cette tradition. Initialement berbère, le silbo moderne s’appuie sur l’espagnol, « silbo » signifiant « sifflement ». Des systèmes comparables existent ailleurs pour communiquer sur de longues distances : à Kuşköy en Turquie, la « langue des oiseaux » est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2017 ; dans le Béarn, le village d’Aas conserve un béarnais sifflé ; au Mexique, certaines communautés mazatèques utilisent aussi des formes sifflées. Selon Julien Meyer, toutes les langues peuvent être sifflées, même si c’est plus complexe pour les langues tonales comme le chinois, où la mélodie influence le sens et le langage sifflé devient plus stéréotypé.Lire la suiteSiffler aux Canaries…
La fréquence, caractéristique du son avec l’intensité et la durée, indique le nombre de vibrations par seconde, exprimé en Hertz (Hz), et permet de distinguer sons graves et aigus, l’oreille humaine percevant entre 20 et 20 000 Hz, en dessous ou au-delà se situant infrasons et ultrasons. De la même manière, chaque langue utilise certaines plages de fréquences ou « bandes passantes » reflétant leur diversité : l’anglais couvre 2000–12 000 Hz, l’espagnol 100–500 Hz, l’allemand 100–3000 Hz, le chinois 100–2000 Hz, le français 1000–2000 Hz, tandis que le russe, champion, va de 125 à 12 000 Hz. Ces variations influencent l’apprentissage et l’accoutumance aux sons de chaque langue, suggérant l’intérêt d’une sensibilisation précoce des jeunes cerveaux à cette richesse acoustique. Profitons de la journée du 6 juin, fête de la langue russe, pour écouter ses textes et poèmes, célébrant la naissance en 1799 d’Alexandre Sergueïevitch Pouchkine, figure majeure de la littérature et de la culture universelle.Lire la suiteDes bandes passantes…
Le cinéma muet est une période de l’histoire du cinéma caractérisée par des films qui n’avaient pas de bande sonore synchronisée avec l’image projetée. Cette époque a principalement débuté à la fin du XIXe siècle avec les premières expériences de cinéma et s’est poursuivie jusqu’aux années 1920, lorsque le cinéma parlant est devenu largement répandu. Les films muets étaient généralement…Lire la suitecinéma muet




















