Elle s’appelait Black Maria et vivait il y a deux siècles parmi la communauté ngunawal des Southern Highlands en Nouvelle-Galles du Sud, Australie. Elle chantait des berceuses aux enfants, et l’une d’elles fut transcrite, préservant sa mémoire malgré les violences subies par les locuteurs de langues aborigènes interdits de les pratiquer. Inspirée par ces chants, M. Bell publia un ouvrage en ngunawal relatant la légende de Mununja le papillon, une jeune fille épargnée par le maléfique Gunga et protégée par Mununja. Son fils, M. Freeman et l’Institut australien des études aborigènes se sont ensuite attachés à enseigner le ngunawal, préservant un patrimoine vieux de dizaines de milliers d’années, parmi les centaines de langues pama-nyungan et non pama-nyungan. La berceuse Inanay, issue de la langue yorta yorta parlée près des rivières Goulburn et Murray, illustre la vitalité et la richesse de ces traditions orales et rappelle combien la transmission des langues est essentielle à la mémoire et à la culture.Lire la suiteElle s’appelait Black Maria…
Pantopique : langues
Un pantopique correspond à la réunion de quelques repères, plus ou moins nombreux, que vous pouvez commenter, compléter, étendre, selon vos propres champs d’expériences, de savoirs, d’enquêtes… - contact@21dialogues21.org
Le « Chevalier à la peau de panthère », ვეფხისტყაოსანი Vepkhist’q’aosani, chef-d’œuvre de Chota Roustaveli aux XIIᵉ-XIIIᵉ siècles, compte plus de 6000 vers et célèbre l’amour courtois tout en honorant la reine Tamar. Il est un vecteur majeur de la langue géorgienne, ქართული ენა kartuli ena, appartenant à la branche kartvélienne des langues caucasiennes. La tradition littéraire géorgienne favorisa au Moyen Âge traductions et préservation de savoirs grecs, persans, arabes ou syriaques, notamment dans les monastères orthodoxes. L’écriture mkhedruli მხედრული, utilisée aujourd’hui, succéda à l’asomtavruli du début du Vᵉ siècle et au nuskhuri du IXᵉ siècle, qui formaient le khutsuri pour les textes religieux. Le mkhedruli s’imposa au XIᵉ siècle et devint monocaméral, accompagnant l’épopée du Chevalier et structurant la continuité littéraire et culturelle de la Géorgie.Lire la suiteLe Chevalier à la peau de panthère…
Sayat-Nova (Սայաթ-Նովա), né vers 1712 et mort en 1795, est l’un des plus grands poètes et musiciens du Caucase et la figure emblématique des achoughs arméniens. Né à Tiflis, dans un milieu multiculturel, il évolua au carrefour des traditions arménienne, géorgienne et musulmane, ce qui marqua profondément son œuvre. Poète itinérant puis attaché à la cour du roi géorgien Héraclius II, il composa des chants mêlant poésie lyrique, amour mystique et réflexion morale, en arménien, géorgien, azéri et parfois en persan. Il s’accompagnait d’instruments traditionnels tels que le kamancha ou le saz, inscrivant son art dans la tradition orale. Après avoir quitté la cour, Sayat-Nova devint prêtre de l’Église apostolique arménienne. Il mourut en 1795 lors de la prise de Tiflis par les Perses, et demeure aujourd’hui une figure majeure du patrimoine arménien, dont l’héritage a été magnifié par le film La Couleur de la grenade de Sergueï Paradjanov.Lire la suiteSayat-Nova
Le Gabon, pays d’Afrique centrale, a pour capitale Libreville et son histoire remonte à l’ère précoloniale avec la présence de divers peuples autochtones. Colonisé par la France au XIXe siècle, le Gabon a accédé à l’indépendance le 17 août 1960. Il est une république avec un système politique marqué par des périodes de stabilité et de changements politiques. Le relief…Lire la suiteGabon
Taryag mitzvot – 613 commandements dans la tradition juive, mentionnés pour la première fois par le rabbin Simlai au IIIe siècle de notre ère, comprenant les « commandements positifs » (mitsvot aseh) et les « commandements négatifs » (mitzvot lo taaseh). Les mitzvot sont divisés en trois groupes : 1. Mishpatim = lois ayant une explication rationnelle 2. Eidot = lois qui peuvent être…Lire la suiteTaryag mitzvot
Nous voici dans les royaumes de Ndongo et de Matamba, en Angola. Le Ndongo apparaît au XIVe siècle, dirigé par le Ngola, titre à l’origine du nom du pays, avec pour capitale Kabasa, tandis que le Matamba voisin se forme au XVIe siècle. C’est dans ce contexte qu’émerge Njinga (1583-1663), fille du roi Kiluanji et sœur du redoutable Ngola Mbandi, arrivé au pouvoir par la violence. Diplomate habile, elle fut envoyée négocier avec les Portugais, alors engagés dans le commerce de l’or, de l’ivoire et des esclaves. Malgré un traité promettant restitution de territoires et libérations, les accords furent bafoués. À la mort mystérieuse de son frère, Njinga se proclama reine, se fit baptiser à Luanda sous le nom de Dona Ana de Souza, puis mena une politique mêlant ruse, alliances changeantes et guerre. Elle conquit le Matamba, résista aux Portugais, traita un temps avec les Hollandais et parvint en 1657 à préserver l’indépendance du Ndongo. Figure majeure de résistance, son nom, lié selon la tradition à un signe de naissance exceptionnel, reste symbole de fierté et de courage.Lire la suiteLa reine Njinga…
On les appelle souvent « Eskimos », un exonyme, alors qu’ils se nomment Inuits, « les humains ». Répartis autour du cercle polaire, ils ont façonné un monde riche de langues, de mythes et de savoirs, peuplé d’inuksuk, d’ulu, de chamanes angakkuq et de figures comme la déesse Sedna. C’est dans cet univers qu’est né Minik. En 1897, à huit ans, il est emmené à New York avec son père Qisuk et d’autres Inuits, ramenés par un explorateur pour être exposés au public. Rapidement frappés par la tuberculose, tous meurent sauf Minik. À la mort de son père en 1898, l’enfant demande un enterrement selon les rites inuits ; on lui offre un simulacre, tandis que le squelette de Qisuk rejoint les collections du muséum. Placé dans une famille américaine, Minik grandit avant de découvrir la vérité en 1906. Brisé, il retourne un temps dans l’Arctique, puis revient aux États-Unis où il meurt en 1918 de la grippe espagnole.Lire la suiteUn Inuit à New-York
Le monde contemporain appelle une gouvernance fondée sur la probité, le sens du service et la responsabilité partagée. Nous sommes façonnés par des formes de pouvoir parfois choisies, parfois subies, qui conditionnent nos vies collectives et individuelles. Interroger la gouvernance, ce n’est pas seulement comparer des modèles, mais questionner leur capacité à préserver la paix, la justice, les équilibres sociaux et environnementaux. Certaines cultures rappellent que gouverner consiste d’abord à délibérer, à rendre compte, à respecter la dignité des personnes et des ressources, et à inscrire les décisions dans le temps long. Gouverner, c’est apprendre à vivre ensemble, à gérer la maison commune sans confisquer le pouvoir ni rompre le lien entre dirigeants et citoyens. Face à la corruption, au népotisme ou à la partialité, la réponse ne peut être uniquement institutionnelle : elle engage aussi une éthique civique, une vigilance collective, une participation active de chacun. La gouvernance n’est pas l’affaire de quelques-uns mais un processus vivant, nourri par le dialogue, la transparence et la responsabilité partagée. Et si l’on commençait par questionner notre indéfinition de la « gouvernance » ?Lire la suiteRunanga, la gouvernance heureuse…
Empire Majapahit ꦏꦫꦠꦺꦴꦤ꧀ꦩꦗꦥꦲꦶꦠ꧀ (Javanais) Karaton Majapahitthe – Une thalassocratie basée sur l’île de Java (1293-1527) – C’est le dernier royaume indianisé important en Indonésie. L’Empire Majapahit était un puissant royaume hindou-bouddhiste qui a prospéré dans l’archipel indonésien du XIVe au XVIe siècle. Fondé au début du XIIIe siècle sur l’île de Java, l’Empire Majapahit s’est étendu pour inclure une grande…Lire la suiteEmpire Majapahit
Le chinchasuyu est le quartier nord-ouest (suyu) de l’Empire Inca (Tawantin Suyu), qui faisait partie des « Quartiers supérieurs ». L’Équateur et la Colombie modernes étaient englobés dans sa plus grande étendue. Chinchay signifie « ocelot » en quechua et désigne le nord.Lire la suiteChinchasuyu
Ivan IV Vassilievitch, plus connu sous le nom d’Ivan le Terrible (1530-1584), fut le premier tsar de Russie, régnant de 1547 jusqu’à sa mort. Né à Kolomenskoïe, il accède au trône à seize ans après la disparition de son père, Vassili III. Les premières années de son règne sont marquées par une politique de réformes administratives, judiciaires et militaires visant à renforcer l’autorité centrale et à moderniser l’État. À partir des années 1560 toutefois, Ivan sombre progressivement dans la méfiance et la paranoïa, instaurant un régime de terreur contre ses opposants, en particulier les boyards, la haute noblesse russe. Cette période est dominée par l’opritchnina, système de répression violente culminant avec des événements tels que le massacre de Novgorod en 1570. Sur le plan territorial, Ivan le Terrible joue un rôle majeur dans l’expansion de l’État russe en annexant les khanats de Kazan et d’Astrakhan, ouvrant la voie à la conquête de la Volga et de la Sibérie. Son règne est également associé à de grandes réalisations symboliques, comme la construction de la cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux sur la Place Rouge à Moscou. À sa mort en 1584, Ivan laisse un héritage profondément ambivalent.Lire la suiteIvan IV Vasilyevich
Dynastie arabe musulmane qui a régné sur le califat islamique de 750 à 1258. Fondée par Abou al-Abbas al-Saffah, le premier calife abbasside, cette dynastie a succédé aux Omeyyades. Leur capitale, Bagdad, est devenue un centre florissant de la culture, de la science et de la philosophie pendant la période abbasside. Cependant, au fil du temps, le califat abbasside s’est…Lire la suiteAbbassides
Le Nunavut – ᓄᓇᕗᑦ « notre terre » – est un territoire du Canada, créé le 1er avril 1999, séparé des Territoires du Nord-Ouest, et situé dans le nord du pays. Il est le territoire le plus récent et le plus vaste du Canada, couvrant une grande partie de l’Arctique canadien. Le Nunavut est principalement habité par des Inuits, qui…Lire la suiteNunavut
Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogoch, village de l’île d’Anglesey au Pays de Galles, détient le record européen du plus long toponyme. Traduit, il signifie « l’église de sainte Marie dans le creux du noisetier blanc près du tourbillon rapide et l’église de saint Tysilio près de la grotte rouge ». Sa transcription phonétique est [ˌɬan.vair.puɬ.ˌɡwɪ̈n.ɡɪ̈ɬ.ɡo.ˌɡer.ə.ˌχwərn.ˌdrob.uɬ.ˌɬan.tɪ̈s.ˌil.jo.ˌ ɡo.ɡo.ˈɡoːχ]. Une bactérie découverte sur place reçut son nom : Myxococcus llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogo gochensis. Pour faciliter le tourisme chinois, le village adopta aussi le toponyme mandarin 健肺村 Jiàn Fèi Cūn, « village des poumons en bonne santé », tandis que les plus prudents peuvent dire « Llanfair PG ». Le gallois, ou Cymraeg, est une langue celtique brittonique écrite en alphabet gallois dérivé du latin.Lire la suiteUn mot gallois…
Mathématicien et savant persan (780 – 850), souvent considéré comme le père de l’algèbre. Son nom a donné le terme « algorithme ». Il a travaillé à la cour de Bagdad sous le califat abbasside, contribuant de manière significative aux domaines des mathématiques, de l’astronomie et de la géographie. Al-Khwarizmi a écrit plusieurs ouvrages, dont « Al-Kitab al-Mukhtasar fi Hisab al-Jabr wal-Muqabala », qui…Lire la suiteAl-Khwarizmi
Qu’entreprendre ? Et comment le faire au regard de tous les possibles, en réfléchissant aux raisons d’agir, aux moyens mobilisés, aux conséquences engendrées et à leurs effets sur les équilibres environnementaux, sociaux, culturels et éthiques ? Parce qu’elle constitue le cadre quotidien de millions d’individus, l’entreprise est un espace décisif de transformation et de progrès. Entreprendre peut alors consister à interroger l’équité des pratiques, à créer ou développer des structures dont l’impact dépasse la seule rentabilité, à remettre en cause une concurrence sans limites, à résister à la logique d’une maximisation des profits détachée du bien commun. Ce progrès peut passer par des actions simples – garantir un prix juste aux producteurs, préserver des savoir-faire, limiter la spéculation – mais aussi par des formes d’innovation frugale, à l’image du jugaad, concept indien qui valorise des solutions ingénieuses, sobres et adaptées à des ressources limitées. Faire « simple mais pas simpliste », inventer autrement, redonner sens à l’acte d’entreprendre : et si l’entreprise redevenait partout un lieu de reconquête des équilibres et d’invention collective ? Et si, pour commencer, nous questionLire la suiteJugaad, le choix frugal…
Face aux troubles et aux espérances de notre temps, la question de la responsabilité s’impose comme un défi central. De nombreuses cultures ont inscrit cette exigence dans des rites de passage marquant l’entrée dans l’âge adulte : assumer ses actes, répondre de soi devant les autres, s’engager dans la continuité du collectif. Qu’il s’agisse de rituels religieux, par ex. juifs, ou de cérémonies initiatiques, par ex. masais, ces seuils symbolisent l’accès à une responsabilité élargie, qui dépasse l’individu pour l’inscrire dans une communauté humaine. L’étymologie même du terme responsabilité renvoie à l’idée de promesse et d’engagement, de capacité à répondre et à se lier. Or, aujourd’hui, cette notion semble fragmentée : certains se revendiquent responsables de tout, d’autres se sentent écrasés par des fautes qui ne sont pas les leurs, tandis que beaucoup peinent déjà à répondre de leur propre existence. Où se situe alors l’équilibre entre responsabilité individuelle et responsabilité collective, entre héritage, solidarité et engagement choisi ? Comment transformer la responsabilité en un acte quotidien vivant, assumé, partagé, plutôt qu’en un fardeau abstrait ou un slogan moral ? Et si l’on commençait par questionner notre indéfinition de la « responsabilité »Lire la suiteResponsabilité, se promettre…
L’agriculture, au cœur des équilibres alimentaires, concentre nos contradictions collectives. On l’exalte pour son rôle vital, on la dénigre pour certaines dérives productivistes, tout en exigeant toujours plus, toujours moins cher, sans en assumer les conséquences. Comment en sommes-nous arrivés à oublier celles et ceux dont dépend notre subsistance ? Une éducation réelle à la terre, impliquant un temps long auprès des paysans, permettrait sans doute de renouer avec les lois du vivant et le respect qu’elles imposent. À travers des contextes très contraints, des réponses inventives ont pourtant émergé. À Cuba, la pénurie alimentaire liée à l’embargo et à l’effondrement du soutien soviétique a favorisé le développement des organopónicos : des systèmes de cultures urbaines surélevées, enrichies en matière organique, portées par des habitants devenus producteurs. Ces espaces, à la fois lieux de production, de lien social et d’expérimentation, ont contribué à la résilience alimentaire locale. Des innovations modestes, nées de la contrainte, rappellent que l’agriculture n’est pas qu’une technique mais un rapport fondamental à la terre et au collectif. Et si l’on commençait par questionner notre indéfinition de l’agriculture ?Lire la suiteOrganopónicos, au cœur de la cité…
Dans certaines langues, compter ne se limite pas à associer un nombre à un objet ou un phénomène (« 15 crayons », « 2 idées ») : certaines nécessitent des classificateurs, mots insérés entre le chiffre et le nom, adaptés à la catégorie de l’objet ou du phénomène (« 15 – classificateur – crayons »). En chinois, ces liàngcí 量词 servent à dénombrer de manière précise et catégorisée, et leur maîtrise demande une certaine gymnastique mentale. Quelques exemples : 位 wèi pour les personnes de façon polie, 条 tiáo pour ce qui est long ou fin (routes, poissons…), 件 jiàn pour vêtements ou événements, 张 zhāng pour objets plats (table, papier, photo), 只 zhī pour certains animaux ou parties du corps, 本 běn pour livres ou magazines, 辆 liàng pour véhicules. En cas d’incertitude, 个 gè peut souvent remplacer un classificateur, bien que réservé aux êtres humains dans un registre moins formel. Ainsi, pour les exemples donnés : 3 oiseaux → 3只鸟 zhǐ niǎo, 4 manteaux → 4件外套 jiàn wàitào, 5 camions → 5辆卡车 liàng kǎchē, 6 tableaux → 6张桌子 zhāng zhuōzi, 8 personnes → 8个人/8位人 gèrén/wèi rén, 2 routes → 2条路 tiáo lù.Lire la suiteDes unités de mesure en chinois…
Face aux centaines de millions de tonnes de déchets plastiques dans les océans et aux chiffres vertigineux qui saturent notre perception, se pose la question du sens et de la juste mesure. En Suède, le principe du lagom invite à agir « ni trop ni trop peu », à rechercher une forme de justesse et de modération applicable à la vie quotidienne comme aux affaires. Difficile à traduire, il évoque l’idée de ce qui est suffisant, équilibré, adapté au contexte et aux autres. Au-delà de cette notion culturelle, c’est bien la mesure qui traverse l’existence humaine : celle qui permet de combler les manques, de contenir les excès et de préserver les équilibres. À l’heure où notre époque se complaît dans l’avalanche des grands nombres et leur lecture abstraite ou marchande, ne gagnerions-nous pas à revenir à une échelle plus humaine, attentive aux situations singulières, aux objets, aux personnes, à ce qu’ils représentent d’irréductible ? Peut-être est-ce en réapprenant à mesurer autrement que nous pourrons mieux respecter, partager et agir avec justice. Et si l’on commençait par questionner notre indéfinition de la mesure ?Lire la suiteLagom, c’est le mieux…



















