Pour beaucoup de voyageurs, la première gorgée de gur gur cha est une surprise. Sa saveur est salée, sa texture onctueuse, son parfum évoque davantage un bouillon qu’un thé. Au Ladakh, ce thé au beurre est bien plus qu’une boisson traditionnelle : c’est une réponse intelligente aux contraintes de la haute montagne. Derrière chaque bol fumant se cachent des siècles d’adaptation à un environnement où le froid, l’altitude et l’effort imposent d’autres besoins que ceux des plaines. Le nom gur gur vient du bruit produit autrefois par le long barattage dans un cylindre de bois. On y versait une infusion de thé noir, du beurre – traditionnellement de yak ou de dzo, du sel et parfois un peu de lait. Le mélange était vigoureusement brassé jusqu’à obtenir une émulsion homogène. Des mixeurs ont souvent remplacé le barattage manuel, mais la recette demeure presque inchangée. Ce mélange répond parfaitement aux exigences du climat himalayen. Les matières grasses apportent une énergie durable, le sel compense les pertes liées à l’altitude et la chaleur du breuvage contribue à maintenir la température du corps. Dans un environnement où les hivers peuvent durer plusieurs mois, chaque tasse constitue une véritable réserve d’énergie. Le gur gur cha accompagne tous les moments de la journée. Il accueille les visiteurs, précède les repas, réchauffe les travailleurs des champs et circule sans interruption dans les salles de prière des monastères. Lors des longues cérémonies religieuses, les novices remplissent régulièrement les bols des moines afin que personne ne manque de thé pendant les récitations.
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