Au Ladakh, rares sont les rencontres qui ne commencent pas par une tasse de thé. Avant les questions, avant les échanges, avant même que l’on s’installe vraiment, quelqu’un apporte presque toujours un bol fumant. En tibétain, le thé se nomme simplement ཇ་ (ja). Pourtant, derrière ce mot d’une seule syllabe se cache une véritable culture de l’hospitalité. Dans un pays où les hivers sont longs et les distances immenses, offrir du thé revient à offrir un peu de chaleur, de temps et d’attention. Le thé n’est pas cultivé au Ladakh. Depuis des siècles, il arrive des régions plus humides de l’Himalaya ou de l’Inde par les anciennes routes commerciales. Jadis, les caravanes transportaient des briques de thé compressé, faciles à charger sur les yaks et les chevaux. Ce thé était ensuite cassé en morceaux avant d’être longuement infusé. Boire du thé rythme la journée. On en partage au réveil, après les travaux des champs, lors des visites familiales, pendant les réunions du village ou dans les monastères entre deux offices. Il accompagne les discussions, les décisions importantes et parfois les simples silences. Une tasse vide est souvent remplie sans même qu’il soit nécessaire de la demander, signe discret de l’attention portée à l’invité. Le bol dans lequel il est servi possède lui aussi son importance. Souvent en bois tourné, il conserve la chaleur tout en restant agréable à tenir malgré les températures extérieures. Ce geste de tenir le bol entre ses mains fait presque partie de l’expérience du thé : il réchauffe autant les doigts que le corps. Il existe plusieurs façons de préparer le ja. La plus célèbre est bien sûr le gur gur cha, le thé au beurre, emblématique des régions tibétaines. Mais on trouve aussi des thés plus légers, parfois simplement infusés avec un peu de sucre, selon les goûts et les occasions. Tous ont en commun d’être davantage une boisson de partage qu’un simple rafraîchissement.
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