L’Albanie, Shqipëria, « pays des aigles », reflète son identité jusque dans sa langue, le shqip, branche unique des langues indo-européennes, divisée en guègue au nord et tosque au sud, dont les premières traces remontent au XIIIᵉ siècle. Son écriture a emprunté au latin, au grec, à l’arabe et au cyrillique, mais aussi à des créations originales : l’alphabet d’Elbasan au XVIIIᵉ siècle, l’écriture de Todhri de 52 lettres, ou le Vithkuqi de Naum Veqilharxhi, conçu pour éviter toute affiliation religieuse et fédérer les communautés. Ioannis Vilaras inventa le Vellara, et un alphabet fut collecté à Gjirokastër par Johann Georg von Hahn. Ces systèmes témoignent d’inventivité et d’un fort désir d’identité. En 1908, la standardisation aboutit à un alphabet latin de 36 lettres, consolidant la langue nationale.Lire la suiteL’Albanie et ses systèmes d’écriture…
Pantopique : Europe
Un pantopique correspond à la réunion de quelques repères, plus ou moins nombreux, que vous pouvez commenter, compléter, étendre, selon vos propres champs d’expériences, de savoirs, d’enquêtes… - contact@21dialogues21.org
Baba Yaga, figure majeure des contes slaves, n’a rien de la fée bienveillante : ogresse maigre et inquiétante, elle vit dans une isba perchée sur des pattes de poulet, entourée d’une clôture d’os et de crânes humains. Dans un récit célèbre, une fillette envoyée chez elle par sa marâtre, sœur de Baba Yaga, parvient à échapper à la mort grâce à sa ruse : elle amadoue animaux et objets, puis fuit en transformant une serviette en rivière et un peigne en forêt, avant de retrouver son père. Pourtant, Baba Yaga ne se réduit pas à ce rôle terrifiant : ailleurs, elle apparaît guérisseuse, hôtesse généreuse offrant le banya et des présents aux voyageurs méritants. Certains y voient l’écho d’un ancien monde matriarcal où elle régnait sur la forêt et les frontières entre vie et mort. Personnage ambigu et profond, elle incarne à la fois la peur, le savoir et l’initiation, rappelant que les contes recèlent souvent plusieurs vérités.Lire la suiteSur des pattes de poulet
Kalevala – Une poésie épique carélienne et finlandaise, composée par Elias Lönnrot (1802-1884). Il est composé de poèmes et de chants populaires finlandais traditionnels qui racontent des histoires mythologiques et héroïques. Le « Kalevala » est une œuvre majeure de la littérature finlandaise, jouant un rôle central dans la formation de l’identité nationale finlandaise. Il met en lumière les croyances, les coutumes…Lire la suiteKalevala
On raconte qu’Hailibu, grand chasseur et homme noble, distribuait généreusement ses prises au village. Un jour, il sauva une petite créature des serres d’un vautour. Celle-ci, fille du roi dragon, le remercia et lui proposa de le conduire auprès de son père, qui possédait une pierre magique capable de donner le langage de tous les animaux. Hailibu choisit ce don plutôt que les trésors du palais. Le roi lui imposa toutefois une condition : ne jamais révéler son secret sous peine de se transformer en pierre. De retour au village, il devint un chasseur encore plus habile et tous lui furent reconnaissants. Des années plus tard, il entendit les oiseaux annoncer que la montagne surplombant le village allait s’effondrer. Pour sauver les siens, il dut briser son secret et raconter toute son histoire, et tandis qu’il parlait, ses membres se transformèrent en pierre. Grâce à son sacrifice, les villageois purent fuir et survivre, gardant à jamais le souvenir de celui qui les sauva.Lire la suiteHailibu, le noble chasseur
L’avènement de l’imprimerie occidentale au XVe siècle ne se fit pas sans heurts. Bien que Gutenberg soit crédité de l’invention des caractères métalliques mobiles, sa vie fut marquée par les difficultés financières, procès et perte de son atelier après l’impression de la Bible à quarante-deux lignes. Les copistes, menacés dans leur activité, virent d’emblée dans la presse un outil suspect, voire diabolique. En France, François Ier alla jusqu’à interdire l’imprimerie en 1535, après l’Affaire des placards, avant de lever l’interdiction tout en instaurant une censure durable. Le monde islamique resta lui aussi longtemps réticent, comme en témoignent encore au XVIIIe siècle les protestations de calligraphes à Istanbul. Pourtant, l’imprimerie bouleversa durablement la diffusion du savoir : éditions fondatrices des textes antiques, grandes dynasties d’imprimeurs, normalisation des caractères, puis miniaturisation des ouvrages aux XVIIe et XVIIIe siècles, rendant livres et dictionnaires plus accessibles. Morale de l’histoire : les révolutions techniques qui transforment le savoir rencontrent toujours résistances et peurs, mais elles redessinent en profondeur nos manières de penser, de lire et de transmettre.Lire la suiteAlors vint l’imprimerie…
Le bhojpouri (bhodjpouri) est une langue indo-aryenne originaire du nord de l’Inde, principalement des régions du Bihar et de l’Uttar Pradesh. Elle est parlée par des millions de personnes en Inde ainsi que par les communautés issues de la diaspora indienne dans plusieurs pays, dont Maurice, le Suriname et les Fidji. Le bhojpouri est une langue vivante qui s’est transmise…Lire la suitebhodjpouri (lg)
Autrefois, dans la Tchoukoutka, un petit orphelin gardait seul les rennes, son unique compagnon étant un renne familier qui l’invitait à se glisser dans son ventre pour se réchauffer. Cette histoire, collectée par Charles Weinstein, illustre la vie des Tchouktches dont la langue, appartenant à la famille tchoukotko-kamtchatkienne, est aujourd’hui sévèrement en danger. Le russe gagne du terrain et de moins en moins d’enfants apprennent le tchouktche comme langue maternelle. Selon l’UNESCO, cette situation reflète une menace globale sur la diversité linguistique : plus de 200 langues se sont éteintes en trois générations, et des centaines sont en danger. La survie du tchouktche dépend de la mobilisation des communautés, des autorités et du public pour préserver ce patrimoine vivant unique.Lire la suiteLe tchouktche – Une langue « sévèrement en danger ».
Louis-Lazare Zamenhof (1859–1917), né à Białystok dans la Pologne alors sous domination russe, fut l’initiateur d’un rêve universel : créer une langue capable de rapprocher les peuples et de pacifier leurs différends. Issu d’une ville multilingue mais marquée par les tensions culturelles, il devint ophtalmologue, tout en nourrissant un projet plus ambitieux. En 1887, il publie « Lingvo Internacia », sous le pseudonyme Doktoro Esperanto (« celui qui espère »), posant les bases d’une langue neutre et simple à apprendre. Le premier congrès universel d’espéranto se tient en 1905 à Boulogne-sur-Mer, réunissant près de 700 participants de 20 pays. Il y est acté que l’espéranto n’appartiendra à personne et ne servira aucune idéologie ni religion. Trois ans plus tard, l’Association universelle d’espéranto est fondée. Des scissions apparaissent, comme l’ido, mais l’espéranto demeure la langue construite la plus répandue, avec plusieurs millions de locuteurs dans le monde. La famille Zamenhof connut également des tragédies : leurs enfants, Adam, Zofia et Lidia, furent victimes des persécutions nazies pendant la Seconde Guerre mondiale.Lire la suiteDoktoro Esperanto…
Le traité de Tordesillas, signé en 1494 entre l’Espagne et le Portugal sous l’égide pontificale, fixa une ligne de partage du monde à 370 lieues à l’ouest du Cap-Vert. Lorsque le Brésil fut atteint en 1500, il se retrouva du côté portugais, tandis que le reste de l’Amérique demeurait majoritairement sous domination espagnole. De cette division naquirent deux grandes aires linguistiques qui, au fil du temps, entrèrent en contact dans des zones frontalières, par les échanges et les mobilités. De ces rencontres est issue une variété hybride mêlant espagnol et portugais : le portuñol ou portunhol. Cette forme s’appuie sur une intercompréhension déjà élevée entre les deux langues et se développe surtout dans des contextes bilingues informels, parfois avec une forte créativité lexicale. Elle a même trouvé des expressions littéraires et populaires, intégrant parfois d’autres langues amérindiennes. Si certains y voient un enrichissement vivant et inventif, d’autres s’inquiètent d’une dilution possible des langues de référence. Entre crainte et fascination, le portuñol illustre ainsi la manière dont l’histoire, la géographie et les contacts humains façonnent des formes linguistiques nouvelles, dynamiques et profondément révélatrices des sociétés qui les portent.Lire la suiteA la rencontre du portunhol…
Les langues sont des assemblages de sons, dont les plus petits identifiables sont les phonèmes, éléments sonores de base. Leur nombre varie considérablement : le français compterait 36 phonèmes, l’anglais 44, tandis que certaines langues comme le pirahã du Brésil n’en ont que 10 à 13 et le rotokas de Bougainville 11 à 12. Le tahitien, parlé en Polynésie française et classé parmi les langues austronésiennes, compte cinq voyelles et neuf consonnes, distinguant voyelles courtes et longues, comme pāto et pato signifiant « cueillir » et « éclater ». Cette économie phonémique contraste avec d’autres langues plus complexes. Une étude de Quentin Atkinson suggère que la diversité phonémique décroît avec la distance à l’Afrique, maximale sur ce continent, moindre en Asie et Europe, plus faible en Amérique et minimale en Océanie, thèse qui reste controversée.Lire la suiteUne série de phonèmes…
Un pidgin est une langue véhiculaire simplifiée, née du contact entre populations ne partageant pas la même langue, souvent à partir d’une langue dominante (anglais, français, espagnol…). Le terme viendrait de business. Lorsqu’un pidgin se stabilise, s’enrichit et devient langue maternelle d’une communauté, on parle alors de créole. Il existe des créoles fondés sur des langues européennes, mais aussi sur l’arabe, le malais ou le chinois. Parmi les plus connus figurent le tok pisin (Papouasie-Nouvelle-Guinée), le bichelamar (Vanuatu), le pijin des Salomon ; le créole haïtien est celui qui compte le plus de locuteurs. On appelle sabir un pidgin extrêmement réduit. Le créole mauricien, parlé à l’Île Maurice, dérive d’un proto-créole bourbonnais issu de la période esclavagiste, puis s’est transformé au contact de populations africaines, malgaches, indiennes, chinoises et européennes. Le passage de la domination française à britannique a également marqué son évolution. Particularité singulière : l’usage symbolique des nombres, comme 4 pour la mort (influence chinoise) ou 31 pour « être bien habillé » (écho français). Langue vivante et inventive, le créole mauricien témoigne de l’histoire mêlée des peuples et invite, naturellement, à être appris.Lire la suiteMo anvi aprann inpe creole
Adam, Zofia et Lidia Zamenhof, nés à la fin du XIXe siècle dans la famille de Louis-Lazare Zamenhof, le créateur de l’espéranto, furent tragiquement assassinés pendant la Seconde Guerre mondiale. Leur père rêvait d’une langue capable de rapprocher les peuples, née dans une Pologne multilingue marquée par conflits et pogromes. Après des études de médecine, il publia en 1887 son premier ouvrage sous le pseudonyme de Doktor Esperanto, « celui qui espère », donnant naissance à une langue construite visant la compréhension universelle. L’espéranto ne fut pas unique : le volapük de Johann Martin Schleyer et plus tard le noxiro de Mizuta Sentarō illustrent d’autres tentatives. Malgré les oppositions, y compris celles idéologiques évoquées dans Mein Kampf, l’espéranto prit son essor, son premier congrès mondial se tenant à Boulogne-sur-Mer en 1905.Lire la suiteZamenhof – Doktor Espéranto…
Euskal Herria, le « Pays Basque », comprend sept provinces traditionnelles, trois côté français et quatre côté espagnol. Malgré ses dialectes variés, il se définit par la langue basque, Euskara, et son néologisme politique Euskadi. Le basque demeure un isolat, sans lien avéré avec d’autres familles linguistiques, malgré tentatives de rattachement aux langues indo-européennes ou caucasiennes. Sa vitalité se mesure aussi à sa diaspora, en particulier en Amérique, parfois considérée comme une « huitième province ». La langue a généré des pidgins comme le basco-islandais ou le basco-algonquin, issus du contact avec Islandais et populations amérindiennes, illustrant la circulation et l’adaptation de l’Euskara. Cette richesse interroge le lien entre langue, espace et histoire, et témoigne de l’énigme vivante que représente le basque en Europe et dans le monde.Lire la suiteLe Pays où l’on parle basque…
La pluralité des langues constitue un patrimoine universel vivant, dont la sauvegarde et l’animation témoignent de l’importance de leur diversité pour le dialogue et la défense de nos identités. En 2017, dans l’État de Kelantan en Malaisie péninsulaire, des linguistes suédois étudiant la langue jahai, parlée par les Semang, découvrent qu’une partie du village de 280 habitants parle en réalité le jedek, une langue distincte avec un vocabulaire absent de notions telles que « achat », « vol » ou « loi », révélant une société égalitaire et non compétitive. Cette découverte illustre combien l’aventure des langues, près de 5000 à 7000 encore menacées, continue de nous émerveiller et nous interpelle sur notre rôle dans leur préservation. La disparition de ces langues appauvrirait la culture universelle et la pensée humaine. Chaque individu peut devenir un antidote à ce déclin en établissant des liens avec cette richesse, en participant activement à sa compréhension et à sa transmission. Et si l’on commençait par questionner notre indéfinition de la « langue » et du « langage » ?Lire la suiteDécouvrir le jedek…
À l’origine, la « lingua franca » était un sabir utilisé dans les ports méditerranéens, mêlant français, espagnol, italien, arabe, maltais ou turc, facilitant les échanges entre locuteurs de langues différentes. Le terme désigne aujourd’hui toute langue auxiliaire, du latin au kiswahili, du sanskrit au français diplomatique. Mais c’est l’anglais qui incarne désormais cette fonction planétaire, diffusé par l’Empire britannique puis le modèle américain, la culture, le commerce et le numérique. De ce raz-de-marée naissent des créations hybrides : le konglish en Corée, le wasei-eigo au Japon, le singlish à Singapour, chacune illustrant la créativité des locuteurs confrontés à une langue mondiale tout en la modelant à leur usage.Lire la suiteLe temps de la lingua franca…
Les Serments de Strasbourg (Sacramenta Argentariæ) signent le 14 février 842 l’alliance entre deux des trois petits-fils de Charlemagne, et fils de Louis le Pieux, Charles le Chauve et Louis le Germanique, et ce contre leur frère aîné, Lothaire Ier. Louis le Germanique prononce son serment en langue romane pour être compris des soldats de Charles le Chauve lequel le…Lire la suiteLes Serments de Strasbourg & la naissance de la langue française / 14 février
Maaya Wakasugi est un calligraphe japonais formé dès l’enfance aux écritures traditionnelles, dont la pratique s’enracine dans une connaissance approfondie des caractères anciens et de la littérature chinoise. Installé en France, il développe une carrière internationale mêlant expositions, performances et collaborations artistiques. Son travail se distingue par une tension féconde entre tradition et contemporanéité, où la rigueur calligraphique rencontre une gestuelle libre, presque chorégraphique. La critique souligne la puissance expressive de son trait, la dimension corporelle de son geste et la profondeur spirituelle de son approche. Engagé dans l’éducation artistique, notamment à la Philomathique de Bordeaux, il anime des ateliers ouverts à différents publics. Au-delà de l’écriture, Maaya Wakasugi explore la calligraphie comme un langage vivant, capable de relier Orient et Occident, héritage et innovation, dans une recherche esthétique et sensible du mouvement, de l’équilibre et du sens.Lire la suiteMaaya Wakasugi
Que faites-vous le 17 mars ? Fêtez-vous la Saint-Patrick ? Selon la tradition, Patrick serait né au IVe siècle en Écosse ou au Pays de Galles sous le nom de Maewyn Succat, à l’époque du retrait romain des îles britanniques. Fils d’un décurion, son enfance bascule lorsqu’il est capturé par des pirates et vendu comme esclave en Irlande. Berger durant six ans, il se rapproche du christianisme avant de s’évader vers 411. Après des études religieuses, peut-être en Gaule, il est chargé en 432 d’évangéliser l’Irlande. Il utilise alors le trèfle à trois feuilles pour expliquer la Trinité, symbole devenu emblématique. Sacré évêque sous le nom de Patrick, il aurait aussi, selon la légende, chassé les serpents représentant le paganisme. Un pèlerinage commémore encore cet épisode au Croagh Patrick. Il meurt un 17 mars, probablement en 461. Aujourd’hui, cette date donne lieu à d’immenses célébrations où musique, bière et vert dominent. En Irlande, la Saint-Patrick est fériée depuis 1903 et fait désormais l’objet d’un festival de plusieurs jours.Lire la suiteSaint Patrick
Martin Luther (1483-1546) était un moine, théologien et réformateur allemand qui a joué un rôle central dans le mouvement de la Réforme au XVIe siècle. En 1517, Luther a déclenché la Réforme en affichant ses « 95 thèses » critiquant les pratiques de l’Église catholique, en particulier la vente des indulgences. Ses idées ont conduit à une rupture avec l’Église catholique romaine,…Lire la suiteMartin Luther
Il existe de nombreuses formes de chamanisme à travers le monde, en Amérique, en Afrique ou en Asie, partageant le principe d’un être médiateur entre humains et esprits, capable d’intercéder lors de décisions collectives, d’événements à fixer ou d’orientations à prendre. Le mot « chaman » provient des langues toungouses parlées en Sibérie, en Mongolie et en Mandchourie, langues longtemps rattachées à la super-famille altaïque, aujourd’hui controversée, et dont la plupart sont gravement menacées : l’orok, le negidal, le mandchou ou encore le solon voient leur transmission aux jeunes générations disparaître, tandis que les locuteurs evenki sont presque tous bilingues en russe et les jeunes solon en mandarin. Le mandchou, jadis langue dominante de la Chine sous la dynastie Qing, ne survit plus qu’auprès de quelques personnes très âgées. Que peut-on faire face à ce déclin ? Mieux les faire connaître, les défendre… ou méditer sur ce que les chemins et les esprits nous révèlent encore ?Lire la suiteChaman – Un mot toungouse…



















