Le terme spleen désigne à l’origine un état de mélancolie profonde et persistante. Issu de l’anglais spleen, signifiant « rate », il renvoie à une conception médicale antique selon laquelle cet organe produisait la bile noire, responsable de la mélancolie. À partir du XVIIIᵉ siècle, le mot est employé en Angleterre puis en France pour décrire un ennui vague, une tristesse sans cause précise, un dégoût de l’existence. Le spleen devient alors un mal moderne, lié à l’oisiveté, à la perte de repères et au sentiment de vide intérieur. Dans la littérature, il sert à exprimer une fatigue morale et une désillusion face au monde. Chez Baudelaire, le spleen prend une dimension centrale et tragique. Il ne s’agit plus seulement d’ennui, mais d’une véritable oppression de l’âme. Le spleen naît du conflit entre l’aspiration à l’idéal et la réalité décevante. Il enferme l’individu dans un temps figé et étouffant. Le monde apparaît hostile, monotone et sans issue. La ville moderne, la foule et le ciel lourd deviennent des symboles de cet écrasement intérieur. Le spleen incarne ainsi, dans Les Fleurs du Mal, l’une des expériences fondamentales de la condition humaine.
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