Le palais de mémoire de Matteo Ricci (1552–1610) s’inscrit dans la tradition occidentale de l’ars memoriae, héritée de l’Antiquité gréco-romaine (notamment Cicéron et Quintilien) et largement pratiquée à la Renaissance. Missionnaire jésuite arrivé en Chine en 1583, Ricci introduisit ces techniques mnémotechniques auprès des lettrés chinois à la fin du XVIᵉ siècle, en particulier par le biais de son traité Xiguo jifa (西國記法, « Méthodes de mémoire des pays de l’Ouest »), rédigé vers 1596. Le dispositif mnémotechnique proposé par Ricci repose sur la construction d’un édifice mental imaginaire, généralement conçu sous la forme d’un palais ou d’une demeure de grande dimension. Cet édifice est organisé selon une structure stable et ordonnée comprenant des entrées, des salles, des couloirs, des escaliers et, le cas échéant, plusieurs niveaux. La fixité et la clarté de cette architecture conditionnent l’efficacité du processus de mémorisation, l’esprit devant parcourir les lieux selon un ordre constant et prédéterminé. Le principe fondamental de la méthode réside dans l’usage des loci (lieux fixes). Chaque espace de l’édifice est pourvu de points précisément définis [tels que colonnes, tables ou fenêtres] servant de supports permanents aux contenus mémorisés. Les éléments à retenir sont convertis en images mentales visuellement marquées et déposés sur ces loci, conformément au postulat selon lequel la force et la singularité de l’image favorisent la rétention à long terme. Ricci souligne la nécessité d’une organisation hiérarchique des lieux de mémoire. Les espaces de plus grande ampleur sont destinés aux notions générales, tandis que les espaces secondaires accueillent les informations particulières. Les divisions verticales de l’édifice peuvent correspondre à des catégories distinctes ou à des degrés différenciés de connaissance. Cette structuration répond à une exigence méthodique visant à assurer la cohérence et la lisibilité de l’ensemble. L’originalité de l’approche de Ricci tient enfin à son adaptation au contexte intellectuel chinois. La méthode est présentée à l’aide d’analogies compatibles avec les pratiques savantes des lettrés, notamment celles liées au classement, à l’ordonnancement et à la maîtrise d’un vaste corpus de connaissances écrites. Le palais de mémoire apparaît ainsi non seulement comme un instrument mnémotechnique, mais aussi comme un moyen de formation intellectuelle fondé sur la discipline, l’ordre et l’exercice régulier de la mémoire.
Pantopique(s) lié(s) :
1500-1600ChineJésuitesmémoire

