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Le Bar do thos grol, pour accompagner la conscience

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Parmi les ouvrages les plus célèbres de la tradition tibétaine figure un texte souvent connu en Occident sous le nom de Livre tibétain des morts. Son véritable titre est བར་དོ་ཐོས་གྲོལ་ Bar do thos grol, que l’on peut traduire par « La libération par l’écoute durant l’état intermédiaire ». Cette nuance est essentielle. Il ne s’agit pas d’un livre sur la mort, mais d’un guide destiné à accompagner la conscience lorsqu’elle traverse les différentes étapes du Bar do. La tradition attribue son origine à Guru Rinpoché, qui aurait confié ces enseignements à sa disciple Yeshe Tsogyal avant qu’ils ne soient dissimulés comme terma, des « trésors spirituels » destinés à être redécouverts plusieurs siècles plus tard. Au XIVᵉ siècle, le grand maître Karma Lingpa aurait révélé ces textes, qui sont depuis devenus l’une des œuvres majeures de l’école རྙིང་མ་ Rnying ma. Le principe du Bar do thos grol est profondément original. Le texte est lu à voix haute auprès du mourant ou après son décès. Les paroles ne s’adressent pas d’abord aux vivants, mais à la conscience elle-même. Elles lui rappellent de ne pas céder à la peur, de reconnaître les apparences qui surgissent et de ne pas s’attacher aux visions produites par son propre esprit. Les descriptions du Bar do évoquent des lumières éclatantes, des divinités paisibles puis courroucées, des sons puissants et des manifestations parfois impressionnantes. Ces images ne doivent pas être comprises comme des lieux extérieurs, mais comme les différentes expressions de la conscience elle-même. Le texte invite à reconnaître que ces apparitions sont de la nature même de l’esprit éveillé. Pour les pratiquants du bouddhisme tibétain, la lecture du Bar do thos grol possède également une valeur pour les vivants. Elle rappelle que l’entraînement spirituel ne commence pas au moment de mourir. Les habitudes mentales cultivées durant toute une existence déterminent la manière dont chacun traversera les moments de transition. Le texte devient ainsi une véritable méditation sur la vie autant que sur la mort.

Pantopique(s) lié(s) :
1300-1400LadakhlivremortTibet