La journée commence tôt, souvent avant que la vie sociale ne s’éveille pleinement. L’infirmière à domicile consulte son planning, ajuste son sac, vérifie le matériel : pansements, seringues, antiseptiques, dossiers, téléphone chargé… Elle prend la route, seule, déjà habitée par les visages qu’elle va retrouver. Chaque déplacement est un passage, plus ou moins long, entre deux existences singulières. Elle connaît les rues, les escaliers étroits, les ascenseurs en panne, les chiens méfiants, les clés emportées sur un improbable trousseau ou cachées sous un pot de fleurs. Dès le premier patient, elle entre dans l’intimité d’un matin fragile : un corps fatigué, une douleur récurrente, un regard inquiet. Elle soigne, observe, écoute. Le geste se veut précis, appris, refait, et voudrait ne jamais devenir mécanique s’adaptant à une humeur, un regard, une peur. Le pansement posé se veut aussi une parole, présence, parfois la seule visite du jour. Entraînant des remerciements discrets, des silences lourds, parfois une plaisanterie pour alléger l’instant. Et la journée se poursuit, rythmée par les déplacements, les horaires à tenir, les imprévus : une chute, une douleur inhabituelle, une famille inquiète à rassurer, un médecin à appeler. La charge est physique porter, se pencher, prévenir, tout autant qu’émotionnelle. La joie d’une cicatrisation qui progresse, d’une personne, âgée ou non, qui reprend confiance, tout comme la souffrance de voir un état se dégrader, jour après jour. Et voici qu’à la fin de la tournée, l’esprit est chargé de tant vies croisées, le corps en gardant la trace tandis que certains gestes sont encore présents dans les mains, emplis d’histoires pour la pupart intimes & secrètes.
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