Le kasuri 絣 désigne une famille de textiles japonais caractérisés par des motifs légèrement flous, presque vibrants. Cet effet n’est pas le résultat d’une impression ou d’une peinture appliquée sur le tissu terminé, mais d’un travail réalisé avant même le tissage. Certaines parties des fils sont protégées lors de la teinture, de sorte que les dessins apparaissent lorsque les fils sont finalement assemblés sur le métier. Cette technique exige une anticipation remarquable : l’artisan doit imaginer le motif avant que le tissu n’existe réellement. Le kasuri appartient ainsi à une longue tradition où la création textile repose autant sur la planification que sur l’exécution. Les légers décalages entre les fils font partie de sa beauté. Là où l’industrie moderne recherche souvent la perfection géométrique, le kasuri valorise une précision vivante qui laisse place à l’infime variation. Cette esthétique rejoint certaines conceptions japonaises de l’imperfection maîtrisée. Le tissu devient un espace où se rencontrent calcul, hasard et sensibilité. Le kasuri rappelle que le textile est aussi un art du temps, puisque son dessin apparaît progressivement au cours du travail.
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