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Indéfinition

intelligence assistée

repère(s) :fairesavoirvivre

Forme réflexive et critique d’interaction avec les puissances techniques, l’intelligence assistée désigne la capacité humaine à intégrer les apports des technologies dites « intelligentes » sans les subir, les inscrivant dans un projet éthique, cognitif et civilisationnel conscient. Elle ne consiste pas à déléguer la pensée, l’attention, la mémoire ou la décision, mais à nous questionner, orienter, filtrer et parfois refuser les sollicitations d’un environnement technologique de plus en plus intrusif, fluide et opaque. Elle naît d’un changement d’échelle majeur, où les technologies ne se contentent plus de prolonger les outils traditionnels, mais transforment l’idée même d’intelligence humaine, en influant sur le corps (rythmes, gestes, dépendances…), les émotions (captation, manipulation…) et l’esprit (accélération, fragmentation, suggestion…), et cela à tout âge de la vie. Dès lors, l’intelligence assistée ne saurait être définie comme une simple « augmentation », mais comme une capacité à inscrire la machine dans une nouvelle relation d’altérité. Elle suppose une démarche de vigilance active, de maturité, tout comme une aptitude à hiérarchiser, sachant désobéir aux automatismes, suspendre l’adhésion aux flux, interpréter les protocoles et les modèles dans leur nature, leur finalité, leurs effets. Si elle requiert a minima un savoir technique, elle ne s’y résume pas, s’appuyant sur une intelligence interprétative : discerner ce qui, dans la proposition algorithmique, tient de l’aide ou de l’injonction, de la suggestion ou du conditionnement, du soin ou de la prédation. Prendre acte de cette transformation, ce n’est pas alors céder à la fascination ni au rejet, mais reconnaître que nos autres formes d’intelligence, corporelle, émotionnelle, spirituelle et intellectuelle, sont désormais appelées à muter, sous l’effet conjugué de ces technologies. Une telle mutation peut être amenée à favoriser de nouveaux modes d’accès au savoir ou à la recherche, de nouvelles solidarités, des formes créatives d’improvisation, ou encore une aide déterminante à certaines décisions, etc. Mais cela ne devrait se faire qu’à la condition stricte que l’intelligence humaine reste en position d’interroger, de choisir, de reconfigurer. Car si cette condition n’est pas remplie, si les systèmes techniques s’imposent sans contrepoids critique, juridique, éthique [pensons par exemple à la spoliation de la création, ou à l’externalisation du raisonnement ou de la décision], alors l’intelligence assistée s’inversera [d’aucuns diront qu’elle s’est déjà inversée] : c’est non plus la machine qui assistera l’humain, mais bien l’humain qui assistera la machine, lui fournissant données, énergie, signaux, sans qu’un dialogue véritable ne soit plus possible, si tant est que la machine ait jamais eu besoin de ce dialogue. Cette intelligence exige donc un espace collectif et transdisciplinaire de veille et de pensée, une véritable assemblée des humanités, questionnant les pouvoirs industriels ou politiques, capable de se doter des moyens nécessaires à une réflexion libre sur l’avenir humain face à la technique. Cette assemblée se doit de conjuguer philosophie, sciences sociales, arts, lettres, éthique, droit, épistémologie… mais aussi les voix des praticiens, des usagers, des peuples concernés par ces mutations. Car penser cette mutation, dans ses promesses comme dans ses périls, c’est encore faire œuvre d’intelligence, au nom de cette capacité que nous avons, ensemble, à ne pas nous dissoudre dans ce que nous avons produit.

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