Lorsque Leh résonnait encore du tintement des clochettes des caravanes, le voyage à travers l’Himalaya ne se mesurait pas en heures mais en semaines, parfois en mois. Les marchands venant de Yarkand, de Lhassa, du Cachemire ou du Baltistan traversaient des milliers de kilomètres avant d’atteindre les marchés du Ladakh. Leur progression était scandée par des haltes indispensables : les caravansérails, vastes auberges où humains et animaux trouvaient enfin un refuge. Ces bâtiments comptaient parmi les institutions les plus importantes de la Route de la Soie himalayenne. Le mot caravansérail vient du persan kârvânsarây, « maison des caravanes ». Son architecture répond partout à la même logique. Une haute porte ouvre sur une vaste cour intérieure où prennent place les chevaux, les yaks, les dzo ou les chameaux de Bactriane. Autour de cette cour s’organisent les chambres des voyageurs, les réserves, les cuisines et parfois des espaces destinés aux marchandises les plus précieuses. À Leh, plusieurs caravansérails accueillaient chaque année des centaines de négociants. Les rues de la vieille ville voyaient alors se croiser des Tibétains, des Balti, des Cachemiris, des marchands ouïghours, des Persans et des commerçants venus du Pendjab. Les langues se mêlaient, les vêtements révélaient des origines lointaines et les nouvelles circulaient aussi rapidement que les ballots de laine pashmina. Le caravansérail ne servait pas seulement à dormir. Il constituait un véritable centre d’information. On y échangeait les prix du thé, les conditions d’enneigement des cols, les risques d’avalanches, les décisions des souverains ou les évolutions politiques des royaumes voisins.
Leh devait une grande partie de sa prospérité à cette intense circulation. Les caravanes apportaient la pashmina des hauts plateaux, les soieries chinoises, les épices de l’Inde, le thé tibétain, les pierres précieuses du Badakhchan, les tissus du Cachemire ou les objets d’art venus de contrées très éloignées.
Au début du XXᵉ siècle, les routes carrossables, puis les bouleversements géopolitiques liés aux nouvelles frontières, entraînent progressivement la disparition des grandes caravanes. Les caravansérails perdent leur fonction première. Certains tombent en ruine, d’autres sont transformés en habitations, en entrepôts ou en commerces. Quelques bâtiments restaurés permettent encore d’imaginer l’animation extraordinaire qui régnait autrefois dans leurs cours.
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500-250édificeLadakhvoyage
