Au Ladakh, les monastères ne sont jamais de simples monuments. Perchés sur un éperon rocheux, accrochés à une falaise ou dominant une vallée, les དགོན་པ་ (dgon pa), que l’on appelle aussi gompa, sont avant tout des lieux de vie. Le mot tibétain signifie d’ailleurs « lieu retiré », un espace où l’on s’éloigne de l’agitation afin de consacrer son existence à l’étude, à la méditation et à la pratique du Dharma. Chaque dgon pa forme une petite communauté. Moines âgés, jeunes novices, maîtres spirituels, artisans, cuisiniers ou gardiens participent au fonctionnement quotidien de ce microcosme. Les journées s’organisent autour des offices, des études, des travaux collectifs et de l’accueil des fidèles venus solliciter une bénédiction, un conseil ou simplement un moment de recueillement. L’architecture traduit cette organisation. Les salles d’assemblée (dukhang), les chapelles, les bibliothèques, les cuisines, les logements et les terrasses s’emboîtent progressivement les uns au-dessus des autres, suivant les contraintes naturelles de la montagne. Rien n’y est véritablement monumental ; tout semble avoir poussé lentement, comme un village consacré à la vie spirituelle. Les monastères ont longtemps été les principaux centres du savoir au Ladakh. On y copiait les manuscrits, on y enseignait la philosophie bouddhique, l’astronomie, la médecine གསོ་བ་རིག་པ་ (Gso ba Rig pa), la calligraphie ou encore la peinture sacrée des thangkas. Ils furent aussi des lieux de mémoire où se sont conservés des textes parfois disparus ailleurs dans le monde himalayen. Mais un dgon pa vit aussi au rythme des villages voisins. Les habitants y célèbrent les grandes fêtes religieuses, y font bénir leurs enfants, y commémorent leurs défunts ou demandent des prières lors des moments difficiles. Le monastère n’est pas séparé de la société ; il en constitue l’un des cœurs.
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