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Le Corbusier et la Cité radieuse de Marseille

repère(s) :habiter

Quand Le Corbusier se voit confier le chantier marseillais, à la fin de l’année 1945, cela fait déjà de nombreuses années qu’il ambitionne la construction d’un grand ensemble d’habitations. L’architecte franco-suisse, figure de proue du modernisme, a en effet élaboré plusieurs projets architecturaux de grande envergure. Pourtant, pendant la première partie de sa carrière d’architecte, il construit et aménage avant tout des villas, maisons, pavillons. Certaines sont reconnues comme des œuvres majeures, comme la Maison la Roche et Jeanneret, construite à Paris entre 1923 et 1925, la petite maison au bord du lac Léman, ou la villa Savoye à Poissy en 1928. Le Corbusier, avant d’être architecte, a été formé aux arts décoratifs. Il peint et dessine énormément, tout au long de sa vie. Jeune, il voyage à travers toute l’Europe, en passant par Prague, Vienne, Budapest, les Balkans, la Turquie, la Grèce et l’Italie. Il rencontre certains représentants des nouveaux courants artistiques majeurs du début du XXe siècle – Gustav Klimt par exemple – et se retrouve subjugué par la pureté de l’architecture antique grecque à Athènes […] Avec la Cité radieuse de Marseille, Le Corbusier peut enfin réaliser un projet de grande ampleur tel qu’il le désirait depuis longtemps. (…) C’est donc avec beaucoup de satisfaction qu’il se voit enfin confier, en 1945, la possibilité de mettre à exécution, pour la première fois, son rêve d’habitat collectif fonctionnel. Avec la Cité radieuse, il va pouvoir mettre en application le principe d’unité d’habitations déjà pensé dans la « ville radieuse » conçue dans les années 1930. Il obtient de Raoul Dautry, premier ministre après guerre de la reconstruction et de l’urbanisme, une totale liberté. Le chantier commence en 1947. (…) Après des incertitudes sur le choix du terrain, c’est finalement au 280 boulevard Michelet qu’est installée la Cité radieuse du Corbusier. Elle mesure 165 mètres de long, 56 mètres de hauteur, 24 mètres de large, suggérant la forme d’un paquebot. Elle abrite 337 appartements de 23 types différents, le plus souvent en duplex, et dotés de loggia. Ces appartements sont agencés à partir du principe de cellule. Les intérieurs ont bénéficié de l’intervention de designers reconnus comme Jean Prouvé pour les escaliers ou Charlotte Perriand pour les cuisines ouvertes à l’américaine et particulièrement fonctionnelles. L’immeuble répond aux cinq points de l’architecture moderne selon Le Corbusier (les pilotis, un toit-terrasse, le plan libre qui permet de passer outre les murs porteurs, les fenêtres-bandeaux, et la façade libre) et il est construit sur le principe d’un village vertical. Au 3e se trouve la rue commerçante, ouverte à tous, avec, aujourd’hui encore, une boulangerie, une librairie, un concept-store, des professions libérales (kinésithérapeutes, architectes…) et un hôtel-restaurant. L’école maternelle accueille les enfants de l’immeuble au 9e étage et les habitants ont accès au fameux toit-terrasse, équipé d’une petite piscine, d’un auditorium et révélant une vue spectaculaire sur la splendide rade de Marseille. (…) Au pied de l’immeuble, des jardins partagés viennent agrémenter depuis un peu plus d’une dizaine d’années, le parc municipal géré par la ville. C’est un lieu de rencontres supplémentaires pour les occupants de l’Unité d’habitation qui ont créé une association dès 1953, un an après son inauguration, le 14 octobre 1952 à l’occasion de laquelle Le Corbusier fut promu commandeur de la légion d’honneur. Comme l’indique le surnom de « maison du Fada » dont elle a été rapidement affublée, la Cité radieuse n’a pas reçu au départ un accueil très positif et la Ville décide d’y installer les familles de fonctionnaires. Aujourd’hui pourtant, elle représente un habitat privilégié et recherché, pour le bien-être qu’offrent ses appartements, avec leurs matériaux nobles, leurs espaces fonctionnels et leur luminosité, et pour la convivialité de ce noyau villageois singulier. Classée monument historique en 1995, la Cité radieuse est aujourd’hui un lieu emblématique de Marseille, de plus en plus visité par les touristes du monde entier. Depuis 2013, le gymnase a été transformé en centre d’art, le MaMo. La terrasse panoramique accueille, quant à elle, de plus en plus d’évènements exceptionnels, comme ce concert, à l’été 2021, dans le cadre d’une émission « Du son sur les toits » de France Télévisions, des Marseillais IAM et leurs invités, sur le « plus beau spot de la ville ».

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