Loin d’être un bloc unique ou une abstraction mesurable & reproductible à l’identique, l’intelligence pantopique est une forme vivante, personnalisée, à la croisée de multiples foyers d’attention, de relation et de connaissance. Elle ne se réduit ni au raisonnement, ni au ressenti, ni au geste, ni à la technique, mais se déploie à l’intersection de ces dimensions, dans un effort continu pour habiter le monde avec justesse, lucidité et engagement. Elle s’articule selon quatre dynamiques principales : du corps, des émotions, de l’esprit, et de la technique lesquelles, loin de fonctionner en silo, se croisent, se complètent, se nourrissent mutuellement. C’est dans leur interaction même que réside la puissance transformatrice de l’intelligence humaine. Le corps en est la base sensible et éthique. Ce n’est pas un simple support biologique, mais un milieu vécu, porteur de mémoire, de langage, de rythmes propres. Habiter son corps, c’est développer une écoute fine de ses signaux [fatigue, douleur, plaisir, mouvement], mais aussi reconnaître sa place dans un écosystème social, politique, naturel. L’intelligence corporelle fonde ainsi une attention à soi qui ouvre sur le respect du corps de l’autre, dans une éthique de la présence, du toucher, de la distance. Les émotions prolongent et colorent cette inscription incarnée. L’intelligence émotionnelle, loin d’être opposée à la raison, permet d’enraciner nos choix, nos jugements, nos engagements dans une relation vivante au monde. Elle rend possible la reconnaissance mutuelle, l’empathie, la compassion, mais aussi la régulation des affects destructeurs. Elle forge notre rapport à autrui, tout en nous aidant à lire notre propre histoire intérieure. L’esprit, enfin, rassemble et éclaire. Sous son aspect intellectuel, il ne se limite pas à la logique ou au calcul, mais s’étend à une intelligence élargie à la quête de sens, à la capacité de s’étonner, de douter, de résister à l’immédiateté, de discerner. Sous son aspect spirituel, il renvoie au religieux, à sa pratique, à l’inscription dans une communauté de sens, mais peut aussi se manifester par une disposition intérieure à s’orienter, à se situer dans une histoire plus vaste que soi, jusqu’à s’exprimer dans une forme de croyance ou d’incroyance. Dans ce triptyque originel [corps émotions, esprit], s’est immiscée une quatrième force, devenue inévitable : celle de l’intelligence « assistée » par la machine. Mais cette assistance ne vaut que si elle est interrogée. Car si nous accueillons les technologies dites intelligentes sans examen, sans distance critique, alors c’est notre propre intelligence qui se trouvera reléguée : nous ne serons plus assistés, mais rendus inversement auxiliaires d’un système opaque, rapide, démesuré, indifférent à la condition humaine. L’intelligence assistée, dans sa forme assumée et transformatrice, consiste à intégrer lucidement la puissance technique, à en faire un terrain de discernement, de résistance, voire de création, sans illusion de contrôle, mais avec le désir d’un usage éclairé et situé. C’est en croisant ces quatre foyers que peut se développer une intelligence dite pantopique : ni dominée par le biologique, ni saturée d’émotion, ni désincarnée dans l’abstraction ou l’enfermement dogmatique, ni subordonnée à la technologie. Une intelligence relationnelle, critique, adaptable, consciente de ses fragilités comme de ses ressources, attentive aux autres vivants, capable de lenteur comme de fulgurance. Penser cette intelligence dans sa pluralité, c’est engager un projet d’humanité que nous disons donc « pantopique », entendons de tous les lieux. Cela suppose un effort individuel, mais aussi un engagement au sein d’une assemblée des humanités, libre de toute emprise industrielle ou politique, capable de penser en profondeur les devenirs croisés du vivant et du technique. » [Observons que cette intelligence humaine ne peut se penser sans s’interroger également sur d’autres formes d’attention, de mémoire, de relation présentes dans le vivant non humain. Qu’il s’agisse des formes d’adaptation végétale, des communications animales, des savoirs non humains silencieusement transmis dans la forêt, dans les sols, dans les écosystèmes marins, il existe, hors de nous, des dynamiques que certains décrivent prudemment ou plus ouvertement comme « intelligentes ». Parler d’intelligence du vivant revient alors à reconnaître la nécessité d’une écoute renouvelée de cette altérité biologique. Il ne s’agit plus alors de projeter notre modèle sur l’autre, l’autre forme de vivant, l’autre espèce, mais d’accepter que notre intelligence puisse s’inscrire dans un éventail de relations plus vaste, au sein duquel d’autres formes d’organisation, d’interaction et de sens se déploient avec ou sans nous.]
Pantopique(s) lié(s) :
intelligencepantopie
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