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De la mort [2]

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« Il faut s’y préparer bien plus tôt. S’il s’agissait d’un ennemi qui se pût éviter, je conseillerais d’employer les armes de la couardise, mais puisque c’est impossible, puisqu’il vous attrape fuyant et poltron aussi bien qu’honnête homme et que nulle trempe de cuirasse ne vous protège, apprenons donc à le soutenir de pied ferme et à le combattre. Et pour commencer à lui ôter son plus grand avantage contre nous, prenons une voie toute contraire à la commune. Ôtons-lui l’étrangeté, pratiquons-le, accoutumons-le, n’ayons si souvent dans la tête que la mort. À tout instant, représentons la mort à notre imagination et sous tous ses visages. Au broncher d’un cheval, à la chute d’une tuile, à la moindre piqûre d’épingle, répétons : « Eh bien ! Et bien quand ce serait la mort même ? » et là-dessus, raidissons-nous et faisons un effort sur nous mêmes. Parmi les fêtes et la joie, ayons toujours ce refrain de nous ressouvenir de notre condition. Ainsi faisaient les Egyptiens qui, au milieu de leurs festins et parmi leur meilleure chère, faisaient apporter l’anatomie séchée d’un homme pour servir d’avertissement aux convives.

Nous ne savons pas où la mort nous attend, attendons- la partout. Envisager la mort, c’est envisager la liberté. Qui a appris à mourir s’est affranchi de l’esclavage. Il n’y a rien de mal dans la vie pour celui qui a bien compris que la privation de la vie n’est pas un mal. »

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