« Qu’ont gagné nos législateurs à choisir cent mille espèces et cas particuliers et à y attacher cent mille lois ? Ce nombre n’a aucune proportion avec l’infinie diversité des actions humaines. La multiplication de nos inventions ne parviendra pas à égaler la variété des exemples. Ajoutez-en cent fois autant : vous ne pourrez pas faire que dans les évènements…Lire la suiteY attacher cent mille lois…
Source : [Extrait du spectacle d’Eric Sanson – Montaigne | Les Essais | Jouir loyalement de son être]
« Je loge, chez moi, dans une tour où, au lever du jour et au couvre-feu, une très grosse cloche sonne tous les jours l’Ave Maria. Ce tintamarre ébranle ma tour elle-même, et les premiers temps, je le trouvais insupportable. Mais en peu de temps, je m’y suis fait au point que je l’entends maintenant sans en être gêné, et…Lire la suiteUne très grosse cloche sonne…
« Il faut se réserver une arrière-boutique rien qu’à nous, vraiment libre, dans laquelle nous puissions établir notre vraie liberté, et qui soit notre retraite principale dans la solitude. C’est là qu’il faut nous entretenir quotidiennement avec nous-mêmes, et de façon tellement intime que nulle relation ou contact avec des choses étrangères puisse y trouver place. Nous avons une âme…Lire la suiteUne arrière-boutique rien qu’à nous…
« Ma bibliothèque est au troisième étage. Le premier, c’est ma chapelle, le second une chambre et ses dépendances, où je couche souvent pour être seul. Je passe dans cette bibliothèque la plupart des jours de ma vie et la plupart des heures du jour. Et elle me plaît aussi parce qu’elle est un peu difficile d’accès et à l’écart.…Lire la suiteUn coin où il puisse se cacher…
« Toutes les contradictions se trouvent en moi. De bonne humeur- de mauvaise humeur, intelligent-obtus, timide-insolent, bavard-taiseux, dur à la peine-paresseux, menteur-véridique, chaste-luxurieux. Tout cela, je l’ai en moi, et je le vois en moi, d’une certaine façon, selon l’angle sous lequel je m’examine. Et quiconque s’étudie bien attentivement trouve en lui cette mobilité et cette discordance. »Lire la suiteTout cela, je l’ai en moi
« Nous nous sommes trouvés par hasard dans le pays où telle religion était en usage ; nous avons égard à son ancienneté ou à l’autorité des hommes qui l’ont maintenue ; ou bien nous craignons les menaces qu’elle attache aux mécréants, ou bien nous ajoutons foi en ses promesses. Ces considérations-là doivent être employées au service de notre croyance,…Lire la suiteSur dieu
« Et, en quelques secondes, il y a autant de différence de nous à nous-mêmes que de nous à autrui. Nous nous transformons à chaque instant. Nous n’arrêtons pas de naître et nous n’arrêtons pas de mourir. Rien de stable ! Rien de permanent ! Rien qui demeure et qui soit toujours un. Ajoutons que je peux parler sur tous…Lire la suiteRien de permanent
« Non, sérieusement, quand j’imagine l’homme tout nu, avec ses tares, ses imperfections, je trouve que nous avons plus de raisons de nous couvrir de vêtements que n’importe quel autre animal. Nous avons été excusables d’avoir fait des emprunts à ceux que la nature avait plus favorisés que nous, pour nous parer de leur beauté et nous cacher sous leur…Lire la suiteQuand j’imagine l’homme tout nu…
« Quant à la guerre, qui est la plus grande et pompeuse des actions humaines, je voudrais bien savoir si nous nous en voulons servir pour démontrer quelque supériorité, ou au contraire pour témoigner de not re infirmité et de not re imperfection. Comme de vrai, elle est la science de nous entretuer, de ruiner et perdre notre propre espèce,…Lire la suiteQuant à la guerre…
« Maintenant, les lois se maintiennent en crédit non parce qu’elles sont justes, mais parce qu’elles sont lois. Tel est le fondement mystique de leur autorité : elles n’en ont point d’autres. Ce qui leur sert bien : elles sont souvent faites par des sots, plus souvent par des gens par haine de l’égalité, ou par faute d’équité, mais toujours…Lire la suiteParce qu’elles sont lois…
« C’est un outil d’une merveilleuse utilité que la mémoire, et sans lequel le jugement remplit son office avec bien de la peine. Elle me manque tout à fait. Ce qu’on me veut proposer, il faut que ce soit par morceaux, car répondre à un propos où il y aurait plusieurs points différents, ce n’est pas en mon pouvoir. Pour…Lire la suiteMerveilleuse utilité que la mémoire…
« Les principales qualités que mon père recherchait chez ceux à qui il me donnait en charge pour l’éducation, c’était la bonté et la facilité de caractère. Aussi le mien n’avait d’autre vice que la langueur et la paresse. Le danger n’était pas que je fisse mal, mais que je ne fisse rien. Nul ne pronostiquait que je dusse devenir…Lire la suiteLes âmes universelles
« Mon esprit est propre à cet office : les raisons spécieuses ne lui font jamais défaut ! S’il persuadait aussi bien qu’il prêche, il me secourrait avec bonheur. Voulez-vous un exemple ? Il dit que c’est pour mon mieux que j’ai la gravelle, que les bâtiments de mon âge ont naturellement à souffrir quelque gouttière ; que le temps…Lire la suiteLe temps est venu
« Et dans la belle et admirable texture qu’ils bâtissent, les oiseaux peuvent-ils se servir plutôt d’une figure carrée que d’une ronde, d’un angle obtus plutôt que d’un angle droit sans en savoir les conditions et les effets ? Prennent-ils tantôt de l’eau, tantôt de l’argile sans juger que la dureté s’amollit en l’humectant ? Planchent-ils leurs palais de mousse…Lire la suiteLa texture que bâtissent les oiseaux
« Il nous faut remarquer la parité qu’il y a entre nous et les bêtes : nous avons quelque moyenne intelligence de leurs idées, de même les bêtes en ont une des nôtres, environ dans la même mesure. Elles nous flattent, nous menacent, nous requièrent, et nous elles. Au reste, quelle sorte de nos savoir-faire ne reconnaissons-nous pas dans les…Lire la suiteLa parité qu’il y a entre nous et les bêtes
« Il faut que j’en conte quelques exemples. Je suis né et j’ai été nourri aux champs et au milieu des labours. J’ai des affaires et ma maison en main depuis que ceux qui me devançaient dans la possession des biens dont je jouis m’ont laissé leur place. Or je ne sais compter. La plupart de nos monnaies, je ne…Lire la suiteJe ne sais compter
« Et puis, je n’ai aucune ambition. Je n’en ai jamais eu. Pour arriver à me hisser plus haut, il aurait fallu que la chance me vienne en aide, qu’elle me prenne par la main, car me mettre en peine pour un résultat incertain et douteux, et me soumettre aux difficultés qui accompagnent ceux qui cherchent à se hisser au…Lire la suiteJe n’ai aucune ambition…
« Je consulte peu les médecins sur les altérations que je ressens, car ces gens-ci sont à leur avantage quand ils vous tiennent à leur merci. Ils vous cassent les oreilles de leurs pronostics, et, me surprenant autrefois affaibli par le mal, ils m’ont maltraité avec leurs dogmes et leur trognes magistrales ! Ils me menaçaient tantôt de grandes douleurs,…Lire la suiteJe consulte peu les médecins…
« On a grand tort de peindre la philosophie inaccessible aux enfants, et sous un visage renfrogné, sourcilleux et terrible : qui me l’a masquée de ce faux visage pâle et hideux ? Il n’est rien de plus gai, de plus gaillard, de plus enjoué, et peu s’en faut que je ne dise folâtre. Elle ne prêche que fête et…Lire la suiteElle ne prêche que fête et bon temps !
« Quelles métamorphoses vois-je s’opérer chez nombre de mes connaissances, du fait de la vieillesse ! C’est une redoutable maladie, qui se répand en nous naturellement, imperceptiblement. Il faut prendre de grandes précautions et faire de constants efforts pour se prémunir contre les imperfections dont elle nous accable, ou au moins en atténuer le progrès. Je sens bien que malgré…Lire la suiteDu fait de la vieillesse

