Coréen, Han a émigré en Allemagne lorsqu’il avait 22 ans pour y étudier la mécanique. Mais une fois sur place, il s’est orienté vers la théologie et la philosophie, et il est le seul étudiant d’origine étrangère à avoir réussi l’exploit de soutenir une thèse d’État de philosophie en Allemagne et en allemand. Depuis, Han a été nommé professeur à la célèbre Staatliche Hochschule für Gestaltung (« école nationale supérieure pour la conception formelle ») de Karlsruhe, où enseigne aussi Peter Sloterdijk – mais les deux hommes ne s’apprécient guère, paraît-il. Autant les livres de Sloterdijk sont foisonnants, emplis de digressions et d’intermèdes, autant ceux de Han sont ramassés, abrupts ; son style est d’une incroyable économie. « Ses phrases sont comme des coups de hache, chacune atteint son but. Il écrit comme un homme qui voudrait abattre des arbres », explique notre confrère Wolfram. Et de fait, lire Han, c’est entrer dans une pensée qui pratique le staccato, très loin des enroulements dialectiques et de leur legato si prisés d’ordinaire par les penseurs allemands. (…) Han écrit pour combattre les maux actuels et convaincre. Il est désormais traduit un peu partout dans le monde, notamment en Corée et en Chine, où certains de ses essais sont des best-sellers. Les Français vont-ils prendre plaisir à sa lecture ? Ce mois-ci, deux essais de Han paraissent. Le premier, Dans la nuée, est une brillante méditation sur la condition de l’homme digital, l’ère du numérique et la dispersion dans le cloud. Le second, Le Désir ou L’enfer de l’identique, s’interroge sur la possibilité de l’amour et de l’érotisme dans une société où la figure de l’Autre tend à disparaître. Han est un imprécateur mais aussi un moraliste. Alors que le stress nous touche tous, il plaide, dans une prose tendue à l’extrême, pour une philosophie de la décontraction et de l’ouverture. Un paradoxe qui fait tout son sel.
Par : Ronald Düker
Source : philomag.com | 2015
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