Les Essais de Michel de Montaigne constituent l’une des œuvres majeures de la littérature et de la pensée européennes. Ils sont rédigés principalement entre 1572 et 1592, dans un contexte politique, religieux et intellectuel profondément troublé. Montaigne naît en 1533 au château familial de Montaigne, en Périgord, et c’est dans cette demeure, plus précisément dans la tour de sa bibliothèque, qu’il se retire en 1571, à l’âge de trente-huit ans, après avoir exercé des fonctions publiques, notamment comme magistrat au parlement de Bordeaux. Il grave alors sur une poutre la date de sa retraite et décide de se consacrer à la lecture, à l’écriture et à l’examen de lui-même. Les Essais paraissent pour la première fois à Bordeaux en 1580, chez l’imprimeur Simon Millanges, en deux livres. Montaigne y invente une forme nouvelle, libre et fragmentée, mêlant anecdotes personnelles, références antiques et réflexions morales. Le terme même d’« essai » renvoie à une tentative, une exploration sans certitude définitive. Montaigne ne cherche pas à enseigner une vérité, mais à observer l’homme à travers sa propre expérience, affirmant : « Je suis moi-même la matière de mon livre. » Le contexte est celui des guerres de Religion qui ravagent la France depuis 1562. Catholiques et protestants s’affrontent violemment, les massacres se multiplient, et l’unité du royaume est menacée. Face à ces excès idéologiques, Montaigne développe une pensée de la modération, du doute et de la tolérance, profondément marquée par l’humanisme de la Renaissance et par la lecture des auteurs antiques, notamment Sénèque, Plutarque et Lucrèce. Son célèbre scepticisme, résumé par la question « Que sais-je ? », s’oppose aux dogmatismes religieux et politiques de son temps. Après un voyage à travers l’Europe entre 1580 et 1581, Italie, Suisse, Allemagne, Montaigne devient maire de Bordeaux de 1581 à 1585, sans interrompre son travail d’écriture. Les Essais s’enrichissent progressivement : un troisième livre paraît en 1588 à Paris, chez Abel L’Angelier. Montaigne continue ensuite d’annoter son exemplaire personnel, dit « exemplaire de Bordeaux », ajoutant de nombreux passages jusqu’à sa mort en 1592. Ces ajouts seront intégrés dans l’édition posthume de 1595, publiée par Marie de Gournay, sa fille d’alliance. Les Essais s’inscrivent ainsi à la croisée de l’histoire personnelle et de l’histoire collective. Œuvre intime née dans une tour périgourdine, mais profondément ancrée dans les crises du XVIᵉ siècle, ils inaugurent une écriture du moi qui influencera durablement la philosophie, la littérature et la pensée moderne, de Descartes à Rousseau, et jusqu’à nos contemporains.
Pantopique(s) lié(s) :
1500-1600Francelittératurepenser
