Depuis le mois de mai 1790, Mirabeau, fervent partisan d’une monarchie constitutionnelle, envoie régulièrement, mais secrètement et par le biais d’intermédiaires, des notes, des avis et des conseils à Louis XVI. Cependant, il ne se fait guère d’illusions sur la volonté et la capacité du roi à exploiter utilement les informations qu’il lui transmet. « La négociation n’était pas fort rassurante; on avançait, on reculait; on ne lui confiait rien du tout, et on lui demandait ses secrets, la pensée de son parti. Quelles que fussent, au fond, ses tendances royalistes, il était impossible d’aveugler entièrement un homme de tant d’esprit », souligne Jules Michelet dans son Histoire de la Révolution Française. Aussi Mirabeau place-t-il ses espoirs en Marie Antoinette, qu’il juge plus déterminée que son époux, à défaut d’être plus clairvoyante. Bien qu’il ne lui ait jamais parlé, il reconnaît à la reine « une force d’esprit prodigieuse; c’est un homme pour le courage ». Dans sa seconde note à la Cour, il affirme : « Le roi n’a qu’un homme, c’est sa femme ». Et prophétise : « Il n’y a de sûreté pour elle que dans le rétablissement de l’autorité royale. J’aime à croire qu’elle ne voudrait pas de la vie sans sa couronne; mais ce dont je suis bien sûr, c’est qu’elle ne conservera pas sa vie si elle ne conserve pas sa couronne ». Bien que la reine soit attentive aux communiqués de Mirabeau, elle n’en pas moins franchement hostile au champion du Tiers Etat. Elle le tient pour partie responsable des événements d’octobre 1789, de la marche des femmes sur Versailles. N’a-t-il pas également porté atteinte à sa personne en proposant que « l’Assemblée déclare que la personne du roi est seule inviolable, et que tous les autres individus de l’Etat, quels qu’ils soient, sont également sujets et responsables devant la loi »? Marie Antoinette s’en ouvre au comte de La Marck, ami
du député provençal, qui lui a servi d’intermédiaire avec la Cour. « Nous ne serons jamais assez malheureux, je pense, pour être réduits à la pénible extrémité de recourir à Mirabeau ». Pourtant, confiant dans sa légendaire éloquence, le tribun est persuadé qu’une entrevue serait plus efficace que tous les rapports écrits. Par le truchement de La Marck, il obtient un rendez vous avec la reine. Celui-ci est fixé le 3 juillet 1790 à
Saint Cloud, où la Cour réside pendant l’été.
Source : chrisagde.free.fr
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