Les lettres de Rimbaud jalonnent sa vie, comme les cairns d’une piste. Sa correspondance constitue le commentaire de son aventure poétique. Les missives tiennent du manifeste. Rimbaud y expose ses systèmes. Le récipiendaire des lettres importait assez peu au jeune poète : il lui fallait un interlocuteur pour déployer ses principes. « C’est faux, de dire je pense. On devrait dire ON me pense. Pardon du jeu de mot : ‘je est un autre’. » La formule deviendra la définition du dépassement de soi et du mystère de l’être. Elle claque dans le ciel de la poésie. Elle déborde dans celui de la philosophie. (…) Qui parle quand je dis ‘je’ ? Combien de voix résonnent-elles en moi ? Que veut dire d’ailleurs ‘être soi’ ? (…) « Je est un autre » pourrait signifier que le poète se métamorphose tour à tour, jour après jour, prenant des figures comme ces transformistes dans les foires de jadis. Nous voilà bien avancés, on tente de comprendre ce que veut dire « Je est un autre » et, à peine croit-on tenir une explication, qu’une autre la remplace. Quand ‘je est un autre’, les autres ont intérêt à savoir jouer le jeu.
Source : radiofrance.fr | 2020
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