À l’extrémité occidentale du Ladakh, sur la route qui mène vers le Cachemire, le village de མུལ་བེག (Mulbek) constitue depuis des siècles une étape incontournable des voyageurs. Bien avant l’apparition des routes modernes, il était déjà un lieu de passage entre le Ladakh, le Baltistan, le Zanskar et la vallée du Cachemire. Son histoire raconte celle des échanges qui ont marqué l’Himalaya. Le site est surtout célèbre pour son immense sculpture rupestre de Maitreya, le Bouddha du futur, haute d’environ neuf mètres. Taillée directement dans la falaise, probablement entre le VIIᵉ et le VIIIᵉ siècle, elle est l’une des plus anciennes œuvres monumentales conservées au Ladakh. Son style révèle les influences artistiques venues du Cachemire, témoignant de la circulation des artistes bien avant la naissance du royaume ladakhi. Le visage de Maitreya frappe par sa douceur. Sa couronne richement ornée, ses bijoux et la finesse de son modelé rappellent davantage l’art indien et cachemiri que les représentations tibétaines plus tardives. Mulbek constitue ainsi un précieux témoignage de cette période où plusieurs traditions culturelles dialoguaient librement dans les vallées himalayennes. Autour de cette sculpture se sont développés deux monastères appartenant à des écoles différentes du bouddhisme tibétain. Leur coexistence rappelle que le Ladakh n’a jamais été un espace uniforme, mais une terre de rencontres où diverses traditions spirituelles ont appris à vivre côte à côte. Pendant des siècles, les caravanes s’arrêtaient à Mulbek pour se reposer avant de franchir les cols qui relient le Ladakh aux régions plus occidentales. Les marchands y échangeaient des nouvelles autant que des marchandises. La circulation des idées suivait souvent les mêmes chemins que celle de la laine, du thé ou du sel.
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