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La Barrique d’amontillado

repère(s) :art

La Barrique d’amontillado d’Edgar Allan Poe, publiée en 1846, s’inscrit dans l’univers sombre et obsessionnel de l’auteur, où la psychologie humaine, la vengeance et la mort se nouent dans un huis clos oppressant. La nouvelle met en scène Montresor, narrateur et bourreau, qui attire son ennemi Fortunato dans les catacombes de sa famille sous prétexte de lui faire goûter un vin rare : un amontillado supposément exceptionnel. Le vin n’est pas un simple décor narratif, mais le moteur même du récit. Fortunato, amateur éclairé et vaniteux, se définit par sa compétence œnologique ; c’est précisément cette passion qui le rend vulnérable. L’amontillado devient un leurre, une promesse de plaisir et de reconnaissance sociale, exploitée avec une précision cruelle. Poe convoque ici tout un imaginaire du vin : la rareté, l’expertise, la cave, le vieillissement, mais aussi l’ivresse et l’aveuglement. Les catacombes humides, saturées de salpêtre, sont à la fois une cave à vin et un tombeau, soulignant l’ambiguïté du monde souterrain où l’on conserve ce qui a de la valeur tout en côtoyant la mort. Le vin, symbole de civilisation, de convivialité et de savoir, se retourne en instrument de damnation. Il révèle les hiérarchies sociales, les jeux d’ego et la fragilité du connaisseur qui confond discernement et orgueil. Cette nouvelle rappelle que le vin n’est pas seulement une boisson, mais un langage, un marqueur culturel et un objet de pouvoir. Poe montre comment la passion œnologique peut devenir une faille intime, et comment le rituel de la dégustation, habituellement associé au plaisir, peut être perverti jusqu’à devenir un chemin vers l’anéantissement.

Pantopique(s) lié(s) :
1800-1850Etats-Unis d’Amériquelittératurevin